29 juillet 2012

Citation...

«Être dans le vent, c'est avoir le destin des feuilles mortes. »

Jean Guitton, philosophe français (1901-1999)

28 juillet 2012

Un nouveau style de kamikazes


Chaque attentat qui survient dans le monde est un traumatisme pour tous. Ceux d'Oslo survenus l’année dernière ont été d'autant plus troublants que nous ne pouvions les associer à des enjeux géopolitiques internationaux. Les tragiques événements d’Aurora au Colorado frappent quant à eux l’imaginaire car cela aurait pu être accompli dans un cinéma près de chez soi. Ce sont là les actes d'un ou de fous, comme nous pourrions en rencontrer ici à Montréal. Aucune considération de religion, de sexe, de culture, de communauté ou d'idéologie ne peut les justifier. 

Qui dit folie, dit mental, et qui dit mental, dit banal. Car avouons-le, la santé mentale est malheureusement encore un sujet tabou dans nos sociétés ultra-performantes où la moindre défaillance s’apparente à de la mollesse. Prenons pour exemple la dépression qui est toujours auréolée de préjugés au Québec, et qui est souvent associée à un trait de personnalité faible.

Fort heureusement, tous les dépressifs ou toutes les personnes atteintes de troubles de comportement ou de personnalité n’arrivent pas à cette solution ultime de porter atteinte à la vie des autres et à la leur. Car, au-delà de la gravité des gestes que le tueur d’Aurora, ceux de Colombine ou celui du collègue Dawson à Montréal ont posés, je suis convaincue que ce sont là des suicides au vu et au su du plus grand nombre de personnes possible. Alors que James Holmes a survécu, il nous permettra peut-être de comprendre les motivations qui incitent un être humain à commettre l’irréparable.

Quoi qu’il en soit, il est évident que nous faisons face de plus en plus, sans les regarder dans les yeux, à des enjeux sérieux de santé et de sécurité publique qui trouvent leur origine dans des fléaux comme l’intimidation, l’isolement, le jugement ou encore la violence verbale ou physique. Car, avant de faire la une des journaux en expulsant leur violence intestine, ces adolescents ou adultes ont bien dû ouvrir une petite porte sur leur malaise, ont bien dû traîner leur mal de vivre ou leur colère autrement que dans leurs pieds, ont bien dû lancer de temps en temps des appels à l’aide ne serait-ce que par une attitude « bizarre » ? Alors comment pouvons-nous mieux déceler une « bombe humaine à retardement » potentielle ? Je n’ai pas vraiment de réponse, je l’avoue. Mais je suis inquiète.

23 juillet 2012

L'attrape-nigaud d'Anabelle

J'ai toujours entendu mon amie Anabelle appeler ainsi son rouge à lèvres ou le parfum qu'elle diffuse autour d'elle d'un geste élégant. Une sortie au théâtre ? Hop, un petit coup d'attrape-nigaud. Un petit verre au bar branché du coin ? Rebelote. Mais qui sont ces nigauds ? Vous l'aurez compris, ce sont ces pauvres hommes qui risquent de tomber dans le piège que leur aura tendu Anabelle qui se sera fait belle...

Ici, le mot « risquent » n'est pas utilisé par hasard. Car si certains se risqueront peut-être à jeter un oeil discret vers elle, la plupart d'entre eux passeront leur chemin. La probabilité de vivre un coup de foudre est donc très minime. Car les Québécois ne draguent pas. Ou ne draguent plus. D'une part, ils n'ont pas besoin de le faire car les Québécoises, indépendantes de corps et d'esprit, ont assez de couilles pour faire les premiers pas vers un gars qui s'avère être pas mal cute (signifie mignon pour les non initié(e)s). D'autre part, celles-ci ont suffisamment d'aplomb pour refouler sans trop de délicatesse un « pôvre » bougre qu'elles n'auront pas choisi et qui aura pourtant eu l'audace de tenter un abordage. Comment voulez-vous qu'il tente de nouveau son coup ? 

Or, il y en a d'autres qui aimeraient bien que quelqu'un fasse les premiers pas et qui trouve même cela très gentleman. Hou Hou, je suis là ! Bon, il ne faut pas faire de généralités mais elle est quand même assez généralisée cette dynamique d'approche entre hommes et femmes au Québec... Je n'ai pas de résultats d'études sérieuses pour appuyer mes propos mais les témoignages recueillis au quotidien me donnent raison. Qu'elles aient 50, 48, 30 ou même seulement 28 ans, le verdict tombe : où sont donc les hommes ? 

J'ai peut-être un début d'explication: dans le cadre de l'émission Rappelez-moi Lise sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada, j'ai entendu madame Lise Payette, une des plus féministes les plus affirmées au Québec et femme accomplie, affirmer - de mémoire - que le féminisme avait le mieux réussi son avancée au Québec, alors que les Américaines étaient trop radicales et en bataille contre les hommes, et que les Françaises restaient sous l'emprise du jeu de la séduction.

Il est là le problème : dans l'interprétation du mot « séduction » et dans ses démonstrations en public ou en privé. Se faire siffler dans la rue serait presque une injure au Québec (bon, c'est vrai que ce n'est pas très agréable surtout aux abords d'un chantier...), se faire tirer une chaise ou ôter un manteau, n'y pensez même pas (la fille : «ben voyons donc, j'suis capable ! »), quant à la fameuse facture d'un repas ou d'un petit verre au coin du bar, pas question que le gars paie le tout. Que nenni. On la partage pratiquement à la feuille de salade près. Il ne faudrait surtout pas que l'Homme avec un grand H se croit supérieur et pense qu'il va réussir à nous attirer dans son lit uniquement en sortant.......... son portefeuille (avouez que vous pensiez que  j'allais écrire autre chose !).

Dans un monde d'hyper-sexualisation des femmes et même de fillettes, le mot  « séduction » a perdu de sa poésie et semble être rapidement associé à l'érotisation. Pourtant se faire courtiser, recevoir des compliments, se faire inviter au meilleur restaurant du coin, ça aussi ça fait du bien, comme dit la pub. Du moment, bien entendu, que les deux parties s'accordent sur le plaisir d'avoir recours à ces vieilles manières et de donner libre cours à l'attente fébrile et aux papillons dans le ventre. 

Certes, un certain nombre de femmes jouent le jeu de la parure dans le seul but d' accrocher le regard des hommes. Elles entrent en lutte contre leur semblables, et donnent à ceux-ci le pouvoir de décider si elles sont belles ou pas en arborant une panoplie d'attributs affriolants. Mais on le sait bien, les attrape-nigauds à outrance peuvent avoir leur limite et ne pas attirer le spécimen au style de rêve. Pensons aux effets ravageurs des chaussettes blanches avec des sandales de randonnée (ou, pire, des Crocs), de la casquette à l'envers qui laisse passer une touffe de cheveux par le petit trou ou encore du tee-shirt imprimé sous la chemise blanche.  De véritables « tue-l'amour »... 

16 juillet 2012

Après la F1, le Nascar: ça roule pour Montréal...

Vous connaissez certainement ce proverbe qui dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et bien, je vous apprends qu’il y en a parmi eux qui savent retourner leur veste de temps en temps. Mais attention, cela ne signifie pas pour autant qu’ils gagnent en intelligence…

Ainsi, nous apprenions la semaine dernière que les gouvernements du Canada et du Québec, la Ville de Montréal et Tourisme Montréal octroyaient un soutien de 800 000 $ pour le NASCAR à Montréal, qui aura lieu du 16 au 18 août au circuit Gilles-Villeneuve.  Pourtant, il y a tout juste un an, la ministre du tourisme, Nicole Ménard, avait refusé de verser le moindre sou car le promoteur n’avait pas réussi à démontrer les répercussions économiques pour le Québec, et particulièrement pour Montréal. Selon le président-directeur général de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, je cite : « cette course, qui ne revêt pas la même dimension que la Formule 1, s'impose néanmoins lorsqu'il est question de la réputation internationale de Montréal en matière de sport automobile ».

On ne s’en sortira donc jamais. Cette industrie qui rappelons-le, est un des plus importants lobbies au monde, peut ainsi continuer à s’exhiber et contrecarrer sans inquiétude toute ambition ou projet collectif et responsable de réduire les émissions de dioxyde de carbone. Après le Grand Prix de formule 1, d’autres véhicules puissants, gourmands en carburant et polluants vont pouvoir cracher leur gaz en plein nez des montréalais. Mais bon, puisque ça rapporte, on s’en fout, n’est-ce pas ? Pourquoi donc l’honorable citoyen réduirait-il l’utilisation de sa voiture alors que ses élus en vantent ses prouesses (d’autant plus que l’essence n’est vraiment pas chère en Amérique du Nord comparativement à d’autres endroits dans le monde) ?

Pourquoi monsieur Lapointe s’autorise-t-il à vouloir valoriser la réputation de Montréal en matière de sport automobile ? Est-ce bien le souhait de tous les montréalais ? Est-ce que j’ai donné mon accord à la Ville de Montréal ou au gouvernement du Québec de dépenser l’argent de mes taxes ou de mes impôts dans ce genre d’activités ? Non ! Comment se fait-il qu’il est toujours difficile de trouver quelques deniers pour restaurer un aréna ou créer des espaces sportifs ou récréatifs en ville, alors qu’ils tombent soudain du ciel sur la seule base d’une valeur marchande ?

Si vous partagez mon opinion, je vous propose de ne pas désespérer. Avez-vous lu l’article de Denis Arcand sur ce même site la semaine dernière ? Intitulé « La génération N se désintéresse de l’auto », il y expliquait une tendance à la baisse du marché automobile en raison de deux tendances démographiques : les jeunes dans la vingtaine sont moins obsédés par la mobilité automobile (N pour neutre en ce qui concerne l’auto) et les baby boomers qui prennent leur retraite ont moins de raisons de conduire. Or, ce sont les deux groupes démographiques les plus importants en Amérique du Nord.

En espérant que ces tendances soient suffisamment inquiétantes pour d’une part faire sortir les constructeurs automobiles de leur immobilisme dans lequel ils sont figés depuis trop longtemps en termes d’innovation, et encourager les élus à promouvoir l'élaboration, la fabrication et l'exploitation d'un réseau de transport collectif digne de ce nom en faisant appel à une expertise locale. Car si l’automobile est devenue un fléau dans nos cités suffocantes, sa désaffection ne doit pas être synonyme de suppression massive de postes de ses artisans, comme on vient de le voir chez Peugeot-Citroën en France. Est-ce que les constructeurs sont prêts à reconnaître que leur avenir passe maintenant par la recherche et le développement et la fabrication de nouveaux modèles de leur temps ? À suivre...

11 juillet 2012

Et si on devait payer pour l'eau ?


Alors que son utilisation se conjugue avec plaisirs d’été, la piscine a malheureusement apporté son lot de tragédies familiales depuis le début de la belle saison. La négligence de certains adultes est parfois pointée du doigt pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Mais à quoi bon ? Qu’il y ait eu négligence ou autre comportement irresponsable, n’y a-t-il pas de punition plus terrible que celle de perdre un enfant dans de telles circonstances.

Mon objectif ici n’est pas d’écrire un article sur ces tristes faits d’actualité, mais de partager avec vous, si vous me le permettez, une réflexion que je me suis déjà faite à mon arrivée au Québec il y a dix-sept ans : comment se fait-il qu’au pays de l’hiver, il y ait autant de piscines privées, notamment dans les banlieues périphériques de Montréal (où je peux en parler puisque c’est là que j’habite) ? J’imagine que vous allez me répondre qu’il s’agit d’un bien essentiel pour profiter pleinement d’un trop court été. Certes. Je répondrais que je comprends tout à fait, alors que j’ai pu moi-même barboter à quelques reprises dans une de ces piscines, propriétés de gentils amis.

À présent, si je vous entraînais sur le terrain de la consommation responsable, plus précisément celle d’une ressource naturelle mais point éternelle : l’eau, me suivriez-vous ? Car c’est, comme vous l’aurez compris, cet enjeu qui me titille. Il faut dire que mon passé européen m’a toujours enseigné que l’utilisation de l’eau a un coût. À moins que ce ne soit la vue de ces enfants que j’ai vus tenter de remplir des jerricanes au seul puits du village. Ainsi, de voir toutes ces piscines bleu azur que l’on s’offre, séduits par ces images paradisiaques des pubs de Club piscines, je m’interroge sur le niveau de conscience environnementale de leurs propriétaires, au-delà de leur plaisir à se la couler douce.

Mais qui s’en priverait à leur place ? De l’eau, il y en a en masse ici avec tous nos lacs et rivières, et en plus, elle est gratuite ! Une véritable aubaine, n’est-ce pas ? Pas étonnant alors que l’on lave à grands coups d’eau l’entrée de garage asphaltée, ou le gazon qui a eu un petit coup de chaud… Mais imaginez un peu si l’on devait payer plus de 3 $ le mètre cube d’eau, comme c’est le cas en France ou pire, jusqu’à 8 $ comme au Danemark, pensez-vous que l’on y réfléchirait à deux fois avant d’ouvrir le robinet ? Je pense que oui…

Mais que voulez-vous, cela fait partie de la vie gâtée dont nous profitons au Québec : on chauffe à fond l’hiver parce qu’il fait trop froid dehors (parfois un peu trop puisque certains magasins laissent leur porte ouverte) et on climatise à la grandeur des maisons l’été, parce qu’il fait trop chaud dehors. Mais comme il fait alors trop frais dedans, on sort pour se baigner dans la piscine…

07 juillet 2012

Montréal est-elle encore faite pour moi ?

Bizarre comme titre, n'est-ce pas ? Mais c'est bien la question qui m'est soudain venue en tête cet après-midi. Que ceux et celles qui me connaissent (et qui m'aiment !) ne paniquent pas, il n'y a point de départ en vue. Je crois plutôt que c'est un dilemme qui se présente régulièrement dans la vie d'un immigrant.

Je vis à Montréal depuis dix-sept ans. Je suis arrivée plus jeune bien sûr, nouvellement mariée et pleine d'enthousiasme à l'idée de connaître une nouvelle expérience de vie. Comme cela aurait été le cas n'importe où dans le monde, j'ai vécu mon lot de joies et de déceptions. Et j'ai réussi à me faire une petite place dans ma vie d'adoption, entourée de nombreux amis - particulièrement des amies - d'ici et d'ailleurs. Cet « ailleurs » qui colore tant le portrait de Montréal qui carbure au rythme de ses nombreuses communautés culturelles.

Dix-sept ans plus tard, je suis divorcée, mère d'une ado et près de la mi-quarantaine. Je suis aussi profondément urbaine (quand je dis urbaine, je sous-entend le coeur de la ville), indépendante, et bohème. Pour être plus précise sur ce dernier qualificatif, je ne peux envisager de vivre toute ma vie au même endroit (mes premières années de vie en caravane m'ont peut-être marquée au fer blanc). Ah oui, j'oubliais : mon projet de vie n'est pas d'être propriétaire d'une maison - à moins que ce ne soit une belle petite maison de ville - et l'idée d'aller passer mes étés dans un chalet au bord d'un lac ne me fait pas particulièrement fantasmer. Ah oui, j'oubliais aussi : je ne suis pas le stéréotype de la femme idéale pour une grande partie de la gent masculine de ce côté-ci de l'océan, soit une grande blonde assez bien fournie au bon endroit. Si possible avec des tatouages, c'est encore mieux...

Bon, j'exagères un peu, j'en conviens, messieurs. D'ailleurs, bon nombre de filles québécoises de tous âges sont également attirées par le même type d'hommes, soit hyper musclés, surtout avec de beaux bras tatoués (encore) et bronzés. Enfin, bref...

Plus sérieusement et pour revenir à ma réflexion, je me demande si Montréal est une ville appropriée pour une personne comme moi qui souhaite bâtir une nouvelle vie... à 45 ans ? Y a-t-il une place pour moi dans un endroit où je peux éventuellement détoner tant la réussite se calcule principalement au montant de son REER, à la grandeur de sa maison en banlieue, à la valeur de sa(ses) voiture(s), à la qualité de sa piscine privée et au nombre de ses voyages dans le Sud ?

Alors que Montréal est reconnue pour sa créativité et sa nightlife du tonnerre, y a-t-il encore une place pour moi qui a gardé l'âme de cette jeune femme qui débarquait il y a 17 ans, mais qui ne sort plus trop dans les bars et clubs à la mode ? Ai-je une crédibilité ou suis-je plutôt considérée comme une loser, tant je ne réponds pas aux exigences « normales » d'une personne de mon âge, qu'il s'agisse de parcours professionnel, de vie familiale ou de statut social au sein d'une société matérialiste issue du rêve américain ?

J'avoue que cette petite réflexion - assez profonde, merci - peut être surprenante. Mais qui ne se questionne pas de temps en temps sur son existence ? Cela prouve que l'on est vivant, non ?

Le français, c'est ringard...


Dans le cadre du Forum mondial de la langue française qui a eu lieu à Québec, quelque 1 500 délégués sont venus discuter, autour d’ateliers et de conférences, de l’avenir du français partout dans le monde. Tout un programme. Celui-ci a cependant commencé par un fait divers qui a mobilisé l'attention, soit l’intervention remarquée d’un participant pendant le discours du premier ministre Harper. De ce fait, la phrase choc de monsieur Abdou Diouf, secrétaire général de l’organisation mondiale de la francophonie, est peut-être passée inaperçue, elle qui a eu le mérite de sonner une véritable alarme au cas où nous nous étions endormis. Ainsi, j’accepte sans hésitation son invitation à devenir une indignée linguistique (quoique je le suis déjà un peu depuis pas mal de temps).


En effet, si le mot « indigné » est le mot à la mode, je suis d’avis qu’il s’accorde parfaitement aux sentiments qui devraient tous nous animer autour de cette langue qui nous assemble. Malheureusement, tout débat sur le niveau de la langue française est souvent à prendre avec des pincettes au Québec. Dès que l'on ose aborder une pauvreté de vocabulaire ou des lacunes en termes de grammaire ou de syntaxe, il y a une susceptibilité qui surgit... On préfère mettre le péril du français sur le dos de cette invasion de l'anglais dont on nous parle ad nauseam, ou encore sur celui d’une immigration soi-disant ignorante de notre langue.

Bien entendu, si l’on considère la place importante de l’anglais dans notre société, il est essentiel de rester vigilant. Pourquoi répondre automatiquement en anglais à nos interlocuteurs dans des commerces du centre-ville (ce que je constate trop souvent) ? Pourquoi utiliser par facilité du jargon technique anglophone ? Pourquoi laisser passer des aberrations de gestion ou de documentation unilingues dans le monde du travail ? Pourquoi préférer le statu quo devant des annonces ou des marques de commerce uniquement en anglais ? Pourquoi apprécier des films américains plutôt que ceux d’ici (combien de fois ai-je entendu des commentaires négatifs sur le cinéma québécois ou français) ?

Mais sommes-nous vraiment vigilants ? Je ne le pense pas. Ou pas suffisamment. Pour parvenir à une telle dégradation de la qualité du français, il y a forcément eu un abandon collectif et individuel depuis trop longtemps comme je l'ai déjà souligné sur ce blogue. Notre langue française, on ne la soigne pas, on la maltraite et on la snobe (attention, je ne parle pas ici d’accents, de régionalismes ou d’expressions qui doivent être préservés comme autant d’identités linguistiques). Je parle du bien parler qui est trop souvent perçu comme une arrogance. Je parle du bel écrit qui prend trop de temps et est considéré comme trop pompeux.

À ce titre, on pouvait lire dans les médias il y a quelques mois les résultats d’une nouvelle statistique qui nous apprenait que 49 % des Québécois étaient des analphabètes fonctionnels. C’est-à-dire que 16 % d'entre eux ne savent pas lire et qu'un autre 33 % épuise ses méninges au bout de quelques lignes. Pire: de ces 49 %, plus de 40 % ont entre 16 et 46 ans.

Si des générations de ces analphabètes fonctionnels sont malheureusement peut-être perdues, il est temps de se réveiller pour celles en devenir ou à venir. C'est un devoir de société. Un devoir de nos gouvernements par le biais de législations linguistiques, un devoir du système éducatif (dès les premières années d’école) qui doit mettre le goût de la lecture et de l’écriture au premier plan, un devoir individuel où la moindre attention portée au langage parlé et écrit pourra faire une différence. En tant qu’indignés linguistiques, nous devons refuser ce laisser-aller qui prévaut dans toutes les sphères de nos communications.

(Texte publié sur le site Lapresse.ca/lecercle le 3 juillet 2012)

01 juillet 2012

Citation...

« Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard. »

Louis Aragon

L'école est finie

Les grandes vacances ont véritablement commencé avec la fin des classes. Il fait beau et chaud, on allume le barbecue, on rigole, on jase en évitant peut-être d’aborder les vraies affaires pour ne pas gâcher les bons moments. Car de ces bons moments, il vaut mieux en profiter car la rentrée sera chaude, comme dirait l’autre. Quand on y pense, il ne doit pas y avoir beaucoup d’endroits dans le monde où l’on peut appuyer sur pause alors qu’une grave crise sociale couve…

Bien sûr, il y a bien ces grandes manifestations monstres belles à voir et points de mire de revendications en tous genres, « des artistes pour la paix » à « contre la hausse, pour la némocratie (sic)». Mais sont-elles réellement le symbole de l’éveil de notre société ? J’ai du mal à le croire. Et ce n’est pas une fête nationale que l’on souligne une fois par année qui va changer la donne, encore moins cette année… Vous l’aurez compris, je ne suis pas une adepte de festivités à connotation patriotique pendant lesquelles le NOUS est conjugué à toutes les sauces autour d’idéaux rassembleurs et que l’on se lance des fleurs pour nous rassurer sur le grand bonheur d’être ensemble. En fait, c’est avec l’expression « fier(ière) d’être » que j’ai un problème. Je ne me sens pas fière d’être Québécoise ou Française, soit de faire partie d’un peuple uni sous les couleurs d’un drapeau ou par la grandeur d’un territoire. En revanche, si je devais utiliser la notion de fierté, ce serait celle autour de notions de réalisations, de créations ou de contributions. Ainsi, je pourrais dire que je suis fière de contribuer, en toute humilité, à un mieux-vivre ensemble tant par mes actions au quotidien guidées par le respect des autres et d’un environnement à préserver.

Prenons par exemple le sujet de l’éducation qui me tient réellement à cœur. Cela tombe bien puisqu’il monopolise notre actualité depuis plusieurs mois. Permettez-moi de vous relater une anecdote personnelle. Dans ma rue qui fut très animée par le bruit des casseroles (elles doivent être parties au chalet, je ne les entends plus), j’ai une charmante voisine qui s’acharnait à faire de nous des citoyens engagés au bout de nos casseroles, allant jusqu’à sonner chaque jour à nos portes pour nous motiver. J’avais même fini par éteindre mes lumières aux abords de 20 heures… Ses intentions devaient être bien sincères. C’est pourtant elle qui a décidé d’inscrire ses deux enfants au privé pendant leur secondaire pour mieux rejoindre le système québécois au cégep. C’est encore elle qui m’avait mis en garde contre ce système public de piètre qualité… J’en connais d’autres. Alors, l’éducation accessible à tous est-elle réellement l’enjeu de ce conflit étudiant à la rhétorique comptable ?

Pourtant, il est là le véritable enjeu. Qu’attendons-nous pour redonner ses lettres de noblesse à une école publique de qualité pour tous. Il est temps de comprendre que c’est elle qui jette les bases d’un tissu social où chacun peut trouver sa place dans un espace où la culture générale prime sur la performance ultime. Il est temps de lui prêter la plus grande attention afin que le désastre annoncé qui se trame dans les couloirs des écoles secondaires et cégeps ne nous frappe en plein visage. Et je ne parle pas seulement ici des 5 à 10 % de cégépiens qui ont déjà abandonné leurs cours pour éventuellement intégrer le monde du travail. Cela comblera peut-être les besoins de centres d’appels, mais ça ne fera pas un Québec cultivé et ouvert sur le monde.

Je suis devenue un tyran à cause de Daniel

Certains en ont contre les bougons de la SAQ (Société des alcools du Québec), d'autres contre les impolis des bureaux de poste. Moi, j'ai une petite dent contre les malotrus de la STM (Société de transport de Montréal). Avis aux âmes sensibles, il va être question de gonds, de sang et d'envie de meurtre dans les prochaines lignes.

C'était un jeudi soir, jour d'intense canicule qui avait certainement échauffé les esprits. Peut-être ceci explique-t-il cela... Bref, j'aurais dû prendre le métro sans problème si ma carte OPUS avait bien voulu fonctionner. Malheureusement, après deux essais infructueux, j'ai dû me résigner à faire la file pour demander l'aide du gentil préposé à la billetterie. Enfin, gentil est un grand mot. D'un rapide coup d'oeil, j'ai pu lire sur son visage tout le malheur du monde à devoir nous servir, nous autres humbles usagers du métro...

« Bonjour, monsieur, pourriez-vous m'indiquer le nombre de billets qu'il me reste sur ma carte, s'il vous plaît ? » ai-je dit poliment.

Sans prendre la peine de répondre à mon bonjour, il me fit signe de déposer ma carte, et leva simplement son index pour me faire comprendre qu'il me restait un billet. Heureusement que je comprenais le langage des signes. Avec le doute qu'il fusse muet, j'aurais pu tranquillement poursuivre mon chemin.

Mais le gentil monsieur se pencha alors vers son micro pour m'indiquer que je n'avais pas à lui demander le nombre de billets alors qu'il suffisait de passer ma carte.

« Mais elle ne fonction... » ai-je eu à peine le temps de lui expliquer puisqu'il me faisait déjà signe de m'éloigner d'un air exaspéré. Et c'est à ce moment-là que je suis sortie véritablement de mes gonds.

« On ne vous a pas appris à être poli ! C'est facile pour vous d'être aussi bête derrière votre vitre ! C'est quoi votre nom (je me voyais déjà déposer une belle plainte) ? Allez, ne soyez pas lâche, c'est quoi votre nom ? » demandais-je plusieurs fois à celui dont aucun son ne sortait de la bouche au sourire méprisant.

Alors que je ne lâchais pas le morceau, celui-ci est alors sorti de sa guérite, et est venu se planter en face de moi.

« Et vous, c'est quoi votre nom ? » me demanda-t-il sur le même ton. Je lui répondis sans aucune hésitation en lui demandant encore une fois le sien.

« Daniel de Sherbrooke » me répondit-il sur un ton moqueur. Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec le métro, Sherbrooke est le nom d'une station...

Alors que je m'éloignais, je rageais en mon for intérieur. Tellement que je décidais de revenir sur mes pas avec une arme en main, mon téléphone en mode photo. Je tendis la main, Daniel de Sherbrooke m'aperçut, tenta de se cacher derrière des pancartes de sa guérite, et tendis lui aussi son appareil en ma direction pour un chassé croisé de photos instantanées. La folie avait grimpé d'un cran..

En l'espace de quelques minutes, j'étais passée du stade de victime à celui de tyran pour finir à celui de débile sur deux jambes. Mais est-ce réellement de ma faute ? Si tous les Daniel de Sherbrooke faisaient montre d'un minimum de politesse, on en arriverait pas là, non ? Dites-moi que j'ai eu raison...