14 décembre 2013

Tomber amoureux ? On n'a pas trop le temps là !

Avant tout, je précise que je suis de la génération X, mais mes valeurs se rapprochent davantage de celles de la génération Y. Je ne suis pas vraiment féministe (en tout cas pas dans son sens radical), surtout pas sexiste, mais certainement un peu humaniste. Tout ça pour dire de ne pas tenter d'analyser mes dires pour me classer d'office dans une de ces petites cases socio-démo-psychologiques.

Vous ne trouvez pas que l’on a tendance à trop analyser nos relations humaines ? Qu'on use trop de psychologie 101 pour tenter de comprendre le rôle et la place de la femme, de l'homme, de la mère au foyer, du père, du/de la carriériste, du couple, etc. ? Et si on laissait un peu plus de place à la spontanéité. Pour que tout ne soit pas blanc ou noir, pour qu’il y ait encore des zones d’ombre. Et quand j’écris « ombre », je pense à « inconnu », « découverte », « inattendu »…

Prenons par exemple le thème de l’Amouuuur. 

Entre vous et moi, il y a longtemps qu’on ne se conte plus fleurette. Bien trop compliqué, bien trop long. Les séparations et les divorces sont devenus communs tandis que l’amour tenace devient l’exception. Il y a presque autant d’hommes seuls qu’il y a de femmes esseulées, blottis dans le confort de leur canapé trop grand pour eux. Particulièrement les samedis soirs de grand froid...

Certes, on peut avoir été tellement trompé ou écorché qu’on préfère rester à quai. Plutôt que de ramer fort, ça peut paraître plus rassurant. Mais au fond de chaque cœur, il demeure une envie d’amour, avec la nostalgie de ces petits papillons lorsqu’on rencontre une nouvelle flamme. Mais oui, mais oui, c’est un sentiment délicieux qui va s’émousser à plus ou moins long terme, pas la peine de nous le rappeler, on le sait bien. Pouvez-vous nous laisser rêver un peu quand même ! Vous voyez, comme on analyse tout...

Bon, mais alors, si les célibataires rêvent tous – la plupart - à la même chose, comment se fait-il que l’on soit aussi gauches pour accoster (lien avec l’image du quai plus haut au cas où vous ne l’auriez pas compris …) ? Vous n’avez pas la réponse ? Dommage, car moi non plus.

« Ma pauvre, t’as pas de chance », « Il n’est vraiment pas cool avec moi, mais je le garde, il est trop beau ! », « C'est sûr, tu dois faire peur aux mecs. Tu sais, les filles indépendantes financièrement les fait fuir. Rien qu'à la façon dont tu es habillée, je suis sûre qu'ils se disent que tu réussis bien dans la vie. », « C’est parce que t’es Française… », etc. Voilà quelques-unes des bribes de conversation lors de soupers entre amies. Du côté des gars, je ne m’avancerais pas deviner leurs discussions pour ne pas les faire passer pour des goujats, des sans-cœur ou encore des niais, ces étiquettes qui leur collent généralement à la peau, particulièrement au Québec.

Et si on adoptait d'autres «stratégies» ou «angles d'attaque» dans nos plans amoureux (ceux avec une durée de vie raisonnable) ? Pas les amourettes d'une nuit où les règles sont en général bien claires pour les «amouretteux».

Pour ma part, j'ai pensé à ceci. Vous pouvez crier au loup, à l’injure ou tout simplement adapter cette liste comme bon vous semble. Y en a pas de problème. Et il y a toujours de l'espoir!

1)    Accepter une fois pour toutes le fait que les hommes courent après les femmes, ce soit vieux comme le monde. Draguer, flirter, complimenter, éventuellement siffler, ce sont des codes, des attitudes. S’il y a trop d’hommes «enthousiastes» autour de vous, maudites chanceuses, mais qui vous manquent de respect, ne jouez pas les vierges effarouchées, prenez un port altier et invitez-les à être moins grotesques, ou bien donnez-leur un coup de pied où vous savez ou encore appelez du renfort.

2)    Un homme, cultivé, galant, courtois, et éloquent peut avoir autant de qualités et de charme que le bad boy aux gros biceps pleins de tatouages. Avis aux concepteurs d’Occupation double : pourquoi pas une version genre intello normal ?

3)     Le fait d’aimer le sexe ou d’être en manque ne doit pas être un prétexte pour sauter tout ce qui bouge.

4)    Ne pas prendre l’autre pour un psy au premier rendez-vous et lui raconter les moindres détails de sa vie. Ne pas aborder tout de suite la question du mariage et des enfants.

5)     Courtisez, comme dans « faire la cour » ou comme dans « prendre son temps ». C’est sûr, si vous prévoyez «conclure» avant samedi, vous marier avant la fin de l’année et avoir un enfant avant l’été prochain, c’est un peu juste. Mais pourquoi tant de hâte ?

6)    Et la tendresse, bordel ? C'est vrai, regardons autour de nous, comme la délicatesse, elle est devenue ringarde. Les hommes et les femmes n'ont plus le temps de se regarder dans les yeux que l'un est déjà dans la soupe de l’autre.

7)    Les filles, un homme a beau être super mignon à vos yeux, s’il n’a aucun respect pour vous, ça reste un crétin. Ouste, dehors !

8)    Les gars, la valeur d’une fille ne se mesure pas à la taille de ce que vous savez. Ne jouez pas le jeu de vos copains si cela ne vous tente pas, et laissez aux ringards les filles qui, de leur côté, se limitent uniquement à la circonférence d’un biceps. Comme ça, tout le monde est content.

9)    Les filles, restez élégantes et énigmatiques. Dans un bar ou lors d’une soirée, ne cherchez pas à attirer l’attention comme une poissonnière sur un marché (attention, je respecte les poissonnières, mais pas dans un bar). Quand vous braillez comme une poule pas de tête et que vous vous la jouez chummy-chummy avec les boys sans aucune classe, c’est une insulte à la femme avec un grand F.

10) Ne plions pas sous une pression quelconque en adoptant des comportements uniquement pour être mieux acceptés, ou rentrer dans le moule. Les filles, relevez la tête et, surtout, soyez fières de ce que vous accomplissez ou avez accompli. Et si un homme vous regarde de travers en raison de votre réussite professionnelle, de votre portefeuille ou même de vos échecs, eh bien passez votre chemin car cela signifie qu'il n'est pas à la hauteur pour vous mériter. Les gars, ne pensez pas que toutes les filles sont des séductrices en puissance, soyez conscients qu'il existe des cas de timidité ou de manque de confiance. Alors foncez un peu, parbleu ! Certaines n'attendent que ça que vous fassiez le premier pas. Vous n’êtes cependant pas obligés de revêtir le costume de chasseur affamé. C’est une question de dosage…

Voici donc ma réflexion caricaturale. Et une petite citation pour finir:

«L'amoureux qui espère ressent plus de bonheur que l'amoureux qui a obtenu.» (Albert Jacquard)

11 décembre 2013

À quoi sert de bien cuisiner si on ne sait pas lire ?

Je ne vous apprendrai certainement rien en vous disant que le Prix du grand public Salon du livre de Montréal/La Presse dans la catégorie Vie pratique/essai (!) a été décerné au livre La mijoteuse : de la lasagne à la crème brûlée de Ricardo Larrivée. Un prix certainement bien mérité pour cet as de la cuisine qui semble réussir tout ce qu’il touche. Avec la multiplication des émissions, magazines, blogues, chroniques et livres en tous genres sur l’art culinaire, j’étais pourtant certaine que nous allions faire un jour ou l’autre une indigestion collective. Il semble bien que non.
Mais posons-nous quand même la question : doit-on y voir un désintérêt généralisé pour la littérature avec un grand C ? À moins que, en cette ère de l’instantané, les livres de cuisine sont la « bonne recette » pour ne pas trop se casser la tête. Je ne veux surtout pas jouer l’intello de service ici. J’ai grandi sans un seul livre à la maison. La seule chose qui m’a donné le goût d’écrire, c’est la dictée. Mon père adorait m’en donner, et moi, j’adorais l’impressionner. Aussi simple que ça.
La tâche est plus ardue avec ma fille. On a eu beau lui avoir collé un livre entre les mains quand elle était bébé, cela ne lui a aucunement donné le goût de lire. Et toujours pas aujourd’hui alors qu’elle est en secondaire 3. Mais, la nouveauté cette année, c’est son professeur de français un peu fou mais passionné et super exigeant. Et vous savez quoi ? Ça fonctionne. Le désir de ma fille de réussir ses tests est peut-être de l’orgueil mal placé, mais il faut la voir s’accrocher pour ne pas décevoir son prof un peu fou…
L’autre événement autour du livre fut le récent débat sur son prix unique. Ainsi, le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, va élaborer un projet de loi pour limiter à 10 % le rabais sur les nouveautés autant imprimées que numériques pendant neuf mois. « Le livre n'est pas une marchandise comme les autres. En encadrant le prix des livres neufs imprimés et numériques, cela permettra de consolider notre réseau de librairies qui garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à nos auteurs québécois dans toutes les régions », a affirmé le ministre Kotto, qui y voit aussi une manière de « protéger l'identité et la culture québécoise ».
Tant qu’à moi, dans ce débat, le livre n’a été que valeur marchande. Aucune référence au problème de base qui met tout autant en péril la pérennité de nos librairies : le manque de maîtrise de la langue par une large proportion de la population québécoise. On parle ici de 49 % d’analphabètes fonctionnels. C’est-à-dire que 16 % d'entre eux ne savent pas lire et qu'un autre 33 % épuise ses méninges au bout de quelques lignes. Pire: de ces 49 %, plus de 40 % ont entre 16 et 46 ans.

Pour parvenir à une telle dégradation de la qualité du français, il y a bien dû y avoir un abandon collectif et individuel, non ? Vous en conviendrez, notre langue française, on ne la soigne pas, on la maltraite et on la snobe.  Attention, je ne parle pas ici d’accents, de régionalismes ou d’expressions qui doivent être préservés comme autant d’identités linguistiques. Je parle du bien parler qui est trop souvent perçu comme de l’arrogance. Je parle du bel écrit qui prend trop de temps et est considéré comme trop pompeux.

Si des générations de ces analphabètes fonctionnels sont malheureusement peut-être sacrifiées, il est temps de se réveiller pour celles en devenir. C'est un devoir de société. Un devoir de nos gouvernements. Il faut remettre l'éducation à la première place de nos priorités. Pas forcément en termes de moyens financiers. Mais plutôt en termes de pédagogie.

Notre école publique ouvre largement ses portes à tous les enfants, tels qu’ils sont : ceux issus de catégories sociales favorisées ou beaucoup moins, mais aussi ceux, de plus en plus nombreux, « venus d'ailleurs ». Dans ce contexte, est-ce que notre système éducatif a su se transformer en profondeur dans ses contenus ? Je n’en suis pas certaine. Il est en fait resté quasiment identique à lui-même et a trop souvent maquillé l'échec en abaissant régulièrement ses ambitions et ses exigences.

En intégrant le primaire, bon nombre d’enfants se trouvent en situation de grande difficulté de lecture et encore bien plus d'écriture. On ne réussit pas vraiment à les remettre à niveau, et le secondaire les achève. Ces futurs illettrés s’ajoutent aux nombreux désenchantés de l’école qui se demandent ce qu’ils y font, les décrocheurs.

La priorité du primaire - et même, pourquoi pas, de la garderie -  serait pourtant de donner à tous les enfants qui lui sont confiés une maîtrise du français oral qui leur permettra de comprendre les codes de l’écrit grâce à l'acquisition d'un vocabulaire précis. Car l'engrenage est terrifiant. Lorsqu'un enfant souffre d'un déficit de langage à la fin du primaire, il ne peut prétendre qu'à des aptitudes acquises en surface, alors que le secondaire attend de lui d’être autonome et polyvalent. Il endosse ainsi très tôt le costume de l'échec et il ne le quitte plus.

N’oublions pas que l’identité d’une société repose entre autres sur sa culture qui se matérialise forcément par sa langue commune. Prenons donc exemple sur nos amis haïtiens. Lors d’une entrevue pendant le Salon du livre, j’entendais certains des écrivains québécois qui avaient eu la chance de participer aux Rencontres québécoises en Haïti en mai dernier, raconter à quel point la lecture a un caractère sacré, et que l’on peut presque affirmer sans se tromper que chaque haïtien a un livre entre les mains. D’ailleurs, bon nombre d’entre eux rêvent un jour d’écrire le leur.

On n’en demande pas tant. Simplement réapprendre à aimer lire aussi ce qui dépasse 140 caractères.

02 décembre 2013

Les micros de Radio Centre-Ville vont-ils s'éteindre ?

Pendant que l’on parle de gros sous qui tombent « comme par hasard » dans les poches de gens bien petits, certains organismes communautaires crient famine et tentent par tous les moyens de sauver leur peau. Dont les radios communautaires qui, en plus d’être confrontées à la suprématie des grands réseaux commerciaux, à la concurrence de la télévision et au développement des nouveaux médias, doivent aussi surmonter un manque de financement et un souci constant de survie financière. Constat bien triste car je suis fortement convaincue que les radios associatives et communautaires ont joué et jouent encore un rôle important pour encourager la participation citoyenne, faire circuler l’information de proximité et se positionner comme contre-pouvoir local.

Si je prends la plume aujourd’hui, c’est que l’unique radio communautaire et multilingue du Québec, Radio Centre-Ville, dont les studios fort discrets se trouvent sur le boulevard Saint-Laurent de Montréal (coin Fairmount) connaît un avenir incertain. Si je prends la plume aujourd’hui, c’est aussi par intérêt personnel, je l’avoue, car Radio Centre-Ville m’a permis de réaliser un vieux rêve d’être derrière un micro. C’est donc la moindre des choses pour moi de relayer, comme je peux, son appel à l’appui de la population pour assurer le maintien de ses émissions.

Son enjeu ? Un de ses plus importants partenaires, Centraide, a décidé de retirer sa subvention annuelle d’un montant de 100 000 dollars à compter de mai prochain. Je crois important de préciser que l’organisme n’a pas pris cette décision de gaieté de cœur. En ces temps de disette pour l’action communautaire dans son ensemble, l’organisme a dû faire une liste de ses « premières priorités » – comme disent les politiciens – pour distribuer ses dons de façon efficiente, tant il y a à faire. Et Radio Centre-Ville ne fait malheureusement plus partie de cette liste. Une décision fort compréhensible considérant les enjeux sociaux, mais elle demeure toutefois désolante. Pour ses auditeurs, ses responsables très dévoués dont son directeur, monsieur Arlindo Vieira, ainsi que pour ses 350 bénévoles dont certains sont animateurs depuis près de trente ans et plus.

Oh, bien entendu, ce n’est pas la première fois que cette station qui diffuse des émissions depuis près de quarante ans dans huit langues (français, anglais, espagnol, portugais, grec, créole, cantonais et mandarin), vit des moments difficiles, et la détermination des personnes qui la tiennent à bout de bras a toujours été exemplaire.

Aujourd'hui, c’est sous le thème « Un monde différent » que Radio Centre-Ville organise son radiothon et ce, jusqu’au 7 décembre. Si vous vous sentez interpellés, vous pouvez faire un don directement sur le site www.radiocentreville.com, en envoyant un chèque par la poste ou en vous présentant directement au 5212, boulevard Saint-Laurent. Sur le site, vous pouvez également miser sur les nombreux articles, forfaits restaurants, billets de spectacles, œuvres d’arts et livres de collection, fabuleux prix de sa vente aux enchères qui est organisée.

Merci d’avance !


Radio Centre-Ville, c’est un engagement continu à articuler la singularité et l’universalité des communautés qui forment le tissu social de Montréal.

C’est aussi, entre autres :
  •         La plus ancienne émission de cinéma, Derrière l’Image (depuis 1980, toujours en ondes)
  •        La plus ancienne émission de hip hop francophone, Nuit Blanche (depuis 1991, toujours en  ondes)
  •        La plus ancienne émission féministe anglophone, Matrix (depuis 1980, toujours en ondes)
  •        La première émission produite par et pour les homosexuels dans la défense de leurs droits (1981)
  •      Des émissions réalisées par des prisonniers, Souverains Anonymes (prison de bordeaux)
  •     La première émission hebdomadaire produite par des enfants, Radio Enfants (depuis 1999, toujours en ondes)

10 novembre 2013

Montréal ne sera jamais une grande ville

Et le Québec ne sera jamais un pays, pourrais-je même ajouter. Parce que notre ville, tout comme la province, continue de se vautrer dans ses démons, ses peurs et ses querelles de clocher. Elle préfère se réfugier dans ses acquis plutôt de que de bouger vraiment par la force de nouvelles idées. D’où ce sentiment généralisé de morosité, quand ce n’est pas carrément de désenchantement collectif. Est-ce que cela peut expliquer le faible taux de participation – encore une fois – aux dernières élections municipales. Faut-il en être surpris ? Vous attendiez-vous vraiment à ce renouveau historique qu’on nous annonçait ? Bien sûr que non, et rien ne sert de jeter la pierre à qui que ce soit.

Car autant les candidats et leurs coéquipiers que chacun d’entre nous est responsable du sentiment de déclin qui plane sur Montréal. D’abord, durant une campagne ridicule, les candidats et leurs équipes ont travaillé fort uniquement pour leur image personnelle, pour leur victoire comme finalité, et pour la préservation des pouvoirs de leur arrondissement respectif. Quant à nous, citoyens, posons-nous la question suivante : qu’est-ce qu’être Montréalais(e) aujourd’hui ? Plus grand-chose tant les divisions entre les banlieues et la ville centre, et même entre les différents arrondissements de celle-ci transparaît dans des commentaires au quotidien ou dans nos médias. Isaac Newton disait fort justement « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts ». Toute proposition des uns, aussi naïve ou provocatrice soit-elle, est automatiquement l’objet de railleries des autres. Le commencement d’un début de discussion constructive meurt ainsi aussi vite qu’elle est soulevée. On met rapidement les gens dans des cases et on se nourrit de certitudes. J’ai l’impression que les silos dans notre société n’ont jamais été aussi nombreux. Alors comment peut-on penser sauver Montréal de son déclin si l’unité rassembleuse n’est pas à la base ?

Il y a quelques jours, j’ai été interpellée par un titre dans le journal Métro. Intitulé « Chers candidats, un peu de poésie ! », on y lisait une entrevue avec monsieur Giovanni De Paoli, doyen de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. « La prochaine administration montréalaise devra faire ses devoirs et ramener l’humain au cœur de son design urbain avant de lancer de grands chantiers. » croit-il. Mais l’humain, lui, où en est-il ?

Dans une édition du magazine Nouveau Projet du printemps dernier, dans un article de Ianik Marcil, j’avais lu ceci : « Notre cul-de-sac actuel ne s’illustre pas tant par les écarts grandissants de richesse – qui sont réels et documentés – que par l’étiolement constant de notre capacité à améliorer notre sort. ». Notre sort (confort) individuel surtout. Vouloir toujours mieux, toujours plus. Et si c’était ça le plus gros problème ?

Récemment, j’ai croisé une ancienne connaissance et je lui ai demandé des nouvelles de ses enfants, dont au sujet de son aîné qui devait être, selon mes calculs rapides, au Cégep ou même à l’université. « Il a décidé de tout abandonner et a changé complètement de voie. Il suit à présent des études en sommellerie à l’ITHQ ». Et vous savez quoi ? En mon for intérieur, je me suis dit « T’as bien fait, mon vieux » et je l’ai même un peu envié d’être à cette étape de la vie où on peut encore reculer pour mieux avancer. Quoique dans nos sociétés où seule règne la performance, et où l’accès à l’université semble être l’unique gage de succès dans la vie, de tels choix ne doivent pas toujours être encouragés… Il semble que plus ça va et plus nous formons un futur monde de bureaucrates, d’actuaires ou de comptables. Je dirais même que l’on a déjà un pied dedans.

Ce jeune homme n’est pas le seul. Autour de moi, j’entends de plus en plus d’histoires de personnes – peu importe l’âge - qui frappent un mur, peut-être le même. Celui qui vous sonne bien fort et qui vous cloue sur place. Parce qu’alors, plus rien n’a de sens. Je l’ai moi-même frappé il y a un an. J’avais l’impression d’être une simple figurante dans un film dont je ne comprenais plus rien. J’ai tout lâché et je cherche depuis à recomposer une vie plus en lien avec mes valeurs, ma personnalité et mes aspirations. Bien sûr, mes nouvelles « liberté » et « sobriété », je les paie très cher dans une société qui carbure à la réussite matérielle. Mais cela me donne une impression réelle de me rendre pas à pas vers la réflexion, la résistance et l’action personnelle. Car je suis de plus en plus convaincue que, au-delà du modèle classique dans lequel le développement collectif passe uniquement par l’État, nous pouvons changer les choses par des actions individuelles. Si, en tant qu’individus, nous acceptons d’envisager une nouvelle perspective et donc de sortir de notre routine et de notre tendance à la surconsommation.

Nous devons nous réapproprier notre ville en changeant notre perception et, surtout, en changeant notre vocabulaire souvent négatif. Bref, reprendre les rênes de notre ville en main en décidant de vivre avec elle, et non pas dans elle. Le concept staycation, terme né aux Etats-Unis en 2008, contraction de « stay » (rester) et de « vacation » (vacances) propose aux citadins d’explorer leur ville comme des étrangers, pour que la flânerie et la curiosité aiguisent leurs sens et les éloignent d’une insensibilité aux autres et à leur décor quotidien. « Il (le citadin) ne se représente plus sa ville comme un périmètre avec des impératifs, mais comme le terrain d’une expérience sensorielle » note le philosophe de la ville, Philippe Simay.

Ça serait déjà un bon début. Ça vous tente d’essayer ?

24 octobre 2013

Et si nous changions nos valeurs ?


Encore faudrait-il connaître ces valeurs, me feront remarquer certains d’entre vous. Vous  n’auriez pas tort. D’autres lecteurs vont peut-être flipper à la perspective de devoir lire un autre billet sur le projet de charte. Certes, il y a bien ce point commun qu’est le mot « valeurs », mais n’ayez crainte, je n’ai guère envie de renouveler l’expérience d’exprimer un semblant d’opinion à ce sujet sur une tribune numérique. Oh que non, j’ai déjà donné… et reçu. Entendez par là non pas un bouquet de fleurs mais plutôt pas mal de tomates bien mûres. Imaginez en plus, une maudite immigrante française qui vient mettre son grain de sel dans un débat qui appartient aux Québécois. Plusieurs lecteurs n’ont pas manqué de cracher leur hargne. « T’es pas contente, ma grande ? Ben retourne donc chez toé ! »… Encore heureux que je ne m’appelle pas Aicha ou Fatima. Bien entendu, il ne faut pas généraliser; des cons, il y en a partout. N’empêche que ces manques de retenue et de respect envers les idées des autres sont pas mal déconcertants et surtout dérangeants. À mon avis, la faute est imputable en partie à l’utilisation grandissante des réseaux sociaux qui permettent à certains internautes de ne pas être redevables de leurs actes.

En effet, ne nous leurrons pas, si les réseaux sociaux ont leurs avantages d’un point de vue, comme l’indique le nom, de relations sociales, ils entraînent aussi leur lot d'inconvénients. Certes, les gens partout dans le monde sont de plus en plus connectés et les frontières de communication tombent. Et c’est tant mieux. En revanche, la discussion raisonnée et le débat n’existent pas à l’ère du numérique. Pour certains éléments perturbateurs, seule la grossièreté sert d’argument, ceux-là même qui se cachent la plupart du temps sous le couvert de l’anonymat. Le pire est quand, en plus, ils ne savent pas écrire. Faut-il donc écrire uniquement des billets ou des blogues sur le sport, le showbizz ou la cuisine pour espérer avoir un peu de respect ?

Non, non, je ne suis pas une petite nature, je vous assure. Mais j’avoue bien humblement que la lecture de nombreux commentaires disgracieux sur différentes tribunes citoyennes au sujet de la future charte m’a quelque peu affectée. Je suis même un peu sonnée. C’est comme si j'émerge d'un rêve d’une belle histoire qui se déroulait dans un coin de pays où tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil. Bien sûr que les opinions peuvent être divergentes, et je préfère bien mieux ça à la pensée conventionnelle, croyez-moi. Mais la polarisation extrême de la société québécoise apparue dans le cadre des débats a provoqué de véritables réactions épidermiques chez certains. Si tu es avec moi, tu es mon ami, sinon tu es un véritable traitre à la solde de l’ennemi. Quand ce n’est pas la corde sensible de l’histoire du Québec qui vient exacerber la susceptibilité et la sensibilité de certains individus. Alors dans ces cas-là, on peut lire des débordements de sentimentalisme proches de l’incivilité. Je ne leur dirais qu’une chose, à ces personnes « mesdames, messieurs, faire acte de mémoire et de respect est incontestable, refuser d’avancer avec son époque est une perte de temps ».

Bref, dans ce contexte de frictions continues, il n’est pas étonnant que notre société présente des symptômes de dépression collective où chacun préfère rentrer dans le rang et s’isoler dans le confort de son petit monde, dépité ou désabusé. De toute façon, à quoi ça sert de vouloir changer les choses puisque ce que j'ai à dire est automatiquement écarté et que les choses ne bougent jamais, hein ?

La société québécoise est triste; ça se voit et ça se ressent. Je le constate autour de moi et je commence à présenter moi-même des signes de lassitude. J’ai encore l’énergie de penser qu’il est grand temps de se ressaisir en bloc et de faire tomber toutes ces barrières invisibles (politiques, territoriales, linguistiques, de génération, etc.) qui pourrissent nos vies et nos discussions. La crise identitaire que nous connaissons et les déboires de nos institutions ne doivent pas saper notre envie de vivre au sein d'une collectivité saine et visionnaire. N’attendons pas que le miracle vienne uniquement de nos politiciens et décideurs. L’effort doit avant tout être individuel. Ainsi, si nos valeurs étaient à redéfinir ou même à définir, j’en proposerais quelques-unes : responsabilité, tolérance, ouverture d’esprit, ouverture sur les autres, délicatesse, empathie. Il y en d’autres, on a un grand choix.

Il est temps de souffler par le nez et d’apprendre à contenir nos susceptibilités. Donnons l’exemple à nos enfants qui, fort heureusement, apprennent à l’école les règles élémentaires d’un savoir-vivre ensemble et de gestion de conflits. J’ose espérer que les injures et les méchancetés ne font pas partie de la solution.

Allez, serrons-nous la main !

09 octobre 2013

En attendant de voir Amsterdam...

Alors que le film Amsterdam, mettant en vedette Louis Champagne, Robin Aubert et Gabriel Sabourin, prend l'affiche sur nos écrans ce vendredi 11 octobre, l'histoire de ses trois vedettes m'a replongée dans le passé avec un brin de nostalgie, je l'avoue.

Si les trois comparses prétextent une partie de pêche pour prendre la direction de la capitale néerlandaise à l'insu de leurs conjointes, j'ai fait le même voyage dans la jeune vingtaine. Un trip à trois alors que j'étais accompagnée de deux bons copains. Mais à l'inverse du mensonge qui donne le ton au film, j'ai entamé notre voyage en tout état de cause, sans mensonges ni galères. Et sans même devoir prendre l'avion, les Pays-Bas n'étant pas très loin de la France. Le jour du départ, je revois encore très bien la Renault 5 de mon copain Rodolphe, bordélique à souhait (en plus du pot de yaourt qui avait eu l'idée de se déverser sur le siège arrière) qui allait nous emmener sur les routes de notre grande aventure. Quel fabuleux sentiment de liberté j'ai ressenti à l'époque. Même si, lors de notre passage aux douanes néerlandaises à la lumière d'une torche électrique en plein nos visages pas très frais, je nous imaginais grelottants dans une cellule aux murs froids. Mais bon, déjà à cette époque, les gentils douaniers devaient en croiser bien souvent de ces bandes de jeunes qui leur affirmaient droit dans les yeux se rendre à Amsterdam pour la beauté de son architecture. Imaginez aujourd'hui...

Ce fort sentiment de liberté, je l'ai surtout ressenti quand, sur le pont d'un traversier en route vers l'île Texel, mes amis et moi avons décidé sur un coup de tête de poursuivre notre route jusqu'à Londres, plutôt que de rentrer, même s'il nous restait de l'argent uniquement pour traverser la Manche. Presque aussitôt dit aussitôt fait. Après après débarqué en Angleterre, une petite nuit au frais - sans se faire surprendre - dans un parc de Canterbury (un hôtel, pourquoi faire ?), nous voilà en route vers Londres. Les seules choses que nous avons ingurgités sur le chemin du retour furent des barres Mars. Quel super voyage, quel super souvenir !

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Hum, je me le demande bien. Peut-être que l'appel du large se fait sentir. Il faut dire que cela fait maintenant près de dix-huit que j'ai fait le grand saut au Canada pour suivre mon amoureux de l'époque, et dix ans que je n'ai pas remis les pieds en Europe ni revu ma famille. Et mon dernier voyage mémorable remonte en 2009 quand je me suis rendue en République démocratique du Congo avec mes collègues de l'agence Kelly et Cie. 

Il est possible aussi que cette nostalgie voyageuse cache quelque chose de plus profond et fait écho à mon ras-le-bol d'un certain Québec inc. qui n'en finit plus de nous enfermer dans un vase clos où seule la nouvelle anecdotique ou accessoire nous bassine les oreilles. On dirait que tout ce qui fait les manchettes actuellement sur notre petit bout de planète est digne du Journal de Montréal uniquement: une candidate à la mairie de Laval qui est menacée par les «gars» après avoir révélé à la presse une conversation avec un ex-maire gangster, un syndicaliste qui, après avoir éveillé des soupçons sur des gros pontes de la FTQ-Construction à la Commission Charbonneau, fait comme par hasard une chute accidentelle et subit un traumatisme crânien, un policier hautement respecté est grandement suspecté d'être un « ami » de la mafia italienne (une bombe dans le milieu tricoté serré de la police qui a éclaté à la suite du suicide récent d'un Hells), etc. Est-ce que je continue ou vous avez, comme moi, la nausée ?

Ah oui, il y aussi l'épisode de la Charte des valeurs québécoises qui a fait couler beaucoup d'encre et qui a poindre un certain « nous » contre « eux ». Surtout ne lisez pas régulièrement les commentaires sur les réseaux sociaux. Je l'ai fait trop souvent (en plus d'être la cible de certains commentaires disgracieux) et j'ai encore du mal à me remettre de la petitesse d'esprit de plusieurs de mes concitoyens. Comme si argumenter sur une base respectueuse était impossible dans le cadre d'un débat aussi anxiogène. Entre parenthèses, quelle est l'idée de prendre toujours pour exemples des pays dont l'histoire et la situation géopolitique n'ont absolument rien à voir avec celles du Québec ? La situation au Qatar ou en Arabie Saoudite n'a rien de comparable à ce qui se passe ici. La France, tout comme de nombreux pays européens font face à de fortes vagues d'immigration tout autres, certaines d'entre elles dues à la terrible condition que vivent des hommes, femmes et enfants dans certains pays, notamment en Afrique (pour faire un mauvais jeu de mots, j'attirerais votre attention sur le drame récent de Lampedusa en Italie). La problématique d'intégration que l'on constate en France est la conséquence de ratés dans les différentes politiques d'immigration et ce, depuis de nombreuses années. Manque d'intégration = pauvreté et exclusion = discrimination = ghettoïsation. L'immigration au Québec et au Canada est sélective (principalement économique). N'immigre pas qui veut. Et quand des demandes d'asile politique sont refusées même après plusieurs années de vie au Québec ou au Canada, il n'est pas rare de voir des familles entières être déportées vers leur pays d'origine. 

Je n'invente rien, ce marasme ambiant inquiète beaucoup et crée une sorte d'immobilisme dans les projets ou les envies de créer. L'avez-vous vous-mêmes remarqué en discutant avec des personnes autour de vous. Comme si on s'embourbait dans une grosse bouse de vache pour être polie. Ou comme si on se renfermait dans une coquille hermétique pour mieux s'isoler. Avec le risque de se regarder le nombril trop longtemps avec la peur au ventre de l'autre ou de ce qui est différent. Alors que faire ? Je n'en sais fichtrement rien, c'est peut-être la raison pour laquelle je me replonge dans mes souvenirs d'Amsterdam. Mais ce dont je suis certaine, c'est que j'ai mal à mon Québec, pour reprendre le cri du coeur de Fabien Cloutier lors de l'émission Plus on est de fous, plus on lit sur Ici Radio-Canada Première. Je suis tannée de ces discours fatalistes et démagogiques, de ces hommes et femmes corrompus qui sont autant de pommes pourries parmi nous. J'ai soif de nouvelles idées et d'idéaux pour un tissu social et démocratique qui accepte les différences et valorise le bien-être collectif. 

Ah, mais en attendant, tout n'est pas perdu. On peut toujours compter sur nos trésors culturels au petit écran pour nous faire oublier que l'on est bien petits parfois. Eric Salvail lance bientôt sa nouvelle émission sur les ondes de V, Véro devient une véritable marque de commerce en publiant un magazine et en diffusant un docu-réalité, et Tout le monde en parle est redevenue notre messe dominicale. Sans oublier le nouveau livre de l'hyper-exposé (mais fort heureusement intelligent) Gabriel Nadeau-Dubois qui de porte-parole est devenu un porte-voix à la parole d'argent.

08 septembre 2013

La Semaine de mode de Montréal, stop ou encore ?


La Semaine de mode de Montréal a pris fin la semaine dernière dans une certaine indifférence. Ou presque. Un 25e anniversaire bien fade sans tambour ni trompette, d’autant plus que certains des designers québécois de renom, tels que Marie Saint Pierre, Philippe Dubuc ou Denis Gagnon, étaient une nouvelle fois absents. Je dis « une nouvelle fois » car leur désertion des passerelles de la Semaine de mode ne date pas d’aujourd’hui. On peut affirmer sans se tromper qu’il règne un malaise persistant dans une industrie déjà bien fragile si l’on considère son manque de crédibilité, de visibilité et de ressources. En fait, il semble bien que l’heure est grave et qu’il ne s’agit même plus d’un simple malaise. Ainsi, on pouvait lire, dans un article récent de la Presse intitulé « La Semaine de mode en péril » que certains décideurs se questionnaient sur la raison d’être de La Semaine dans sa formule actuelle. Est-ce donc vraiment « une perte de temps monumentale » comme le pense Denis Gagnon ?

Qu’elle semble loin l’époque où Montréal brillait non pas par son absence mais bien par son industrie textile et par ses créateurs de mode respectés et reconnus. On pourrait ainsi se rappeler que Montréal avait une maison de haute couture dans les années 40, sous la férule de Marie-Paule Nolin alors appelée « la grande dame de la haute couture montréalaise ».  Ou encore qu'une certaine Clairette Trudel avait fait défiler des mannequins de la Maison Dior pour présenter sa nouvelle collection en 1964. Sans oublier les Jacques de Montjoye, Michel Robichaud ou encore Marielle Fleury qui ont, autre autres, été des ambassadeurs de la mode québécoise à Expo 67.

J’ai eu l’opportunité d’assister à un défilé en février dernier. Hum, comment vous dire… J’avais l’impression d’assister à un événement offert par des finissants d’une école de mode, lesquels avaient loué l’espace pour l’occasion. Un luxe qui semblait avoir grugé tout leur budget. Rien n'était particulièrement glamour même si certaines personnes rivalisaient d’imagination pour l’atteindre avec plus ou moins de classe. Le décor ? Pas de quoi ouvrir grand les yeux : les éternelles stations de maquillage disponibles pour le public, deux ou trois tables et un incontournable bar (ne manquait plus que le surexploité bar à bonbons … ). Ah oui, je ne vous parle pas de la cohue au vestiaire. En plein hiver, tout le monde suit le même rituel, n'est-ce pas: enlever les manteaux et les bottes, les mettre dans un sac plastique, etc. Eh bien, il semble que les organisateurs n’y avaient pas vraiment pensé. J’ose espérer que les éventuels acheteurs qui s’étaient déplacés avaient été reçus avec un peu plus d’élégance. 

Cette 25e présentation semble ne pas avoir fait exception si j’en juge les échos. C’est ce qui arrive quand une même recette revient dans l’assiette, ça sent le réchauffé. Et ça a chauffé fort cette année puisque le gouvernement a décidé de couper dans les subventions versées à Groupe Sensation Mode, producteur des principaux événements mode en ville (100 000 dollars au lieu de 250 000). Alors, la grande nouvelle est tombée la semaine dernière : le Festival Mode & Design (défilé extérieur de collections de marques présentes dans les centres commerciaux du centre-ville) et la Semaine de mode Été fusionneront pour se dérouler dorénavant simultanément en août. Ça, c’est de la grande nouvelle, n’est-ce pas ? Ben oui, on reçoit moins d’argent ? Pas de problèmes, on rationalise…

Pourtant, n’aurait-il pas été le moment de peser sur le bouton « Stop », plutôt que de tenter de faire du nouveau avec du vieux ? N’aurait-il pas été le moment de faire enfin preuve d'humilité et de reconnaître que l’on n’a peut-être pas les moyens de nos ambitions, celles de vouloir jouer dans les platebandes de Toronto, New York et même de certaines capitales en Europe. Mais a-t-on vraiment besoin ou envie de rivaliser avec ces villes ? Montréal n’est pas un berceau, mais la métropole peut avoir sa propre vision de la mode et de sa mode, et décider de la célébrer autrement que par les traditionnels défilés.

Avant tout, il est grand temps de trouver des moyens rapides, concrets et efficaces pour redorer le blason de notre mode auprès du grand public, en tant que véritable art et pas seulement en tant que valeur marchande.  Des moyens pour  démarquer le savoir faire de nos créateurs et notre savoir être sans avoir recours à des talents d’ailleurs pour mousser nos événements (il n’y a pas que Jean-Charles de Castelbajac, invité VIP du Festival Mode & Design cet été qui sait offrir un show déjanté - pourquoi être aller chercher un créateur français, aussi doué soit-il ?).

Faisons table rase du passé, sachons réunir autour de la table des personnes expertes et visionnaires (pas seulement des technocrates) et définissons enfin le « je ne sais quoi » de la mode du Québec.
 
Puisque Montréal est un croisement des cultures et des styles nord-américain et européen, ne serait-ce pas là le début d’une piste pour un nouveau branding ? Puisque Montréal est une ville de créateurs en tous genres, ne pourrait-on pas intégrer des événements de mode (intégrant des productions en arts visuels des créateurs d'ici) dans des festivals comme par exemple Osheaga en été et Igloofest en hiver ? Et, surtout, ne pourrait-on pas utiliser une partie des fonds publics pour appuyer aussi nos créateurs dans leurs démarches de rayonnement à l'étranger.

Parce que Montréal le vaut bien.