26 mars 2013

Calimero et le Québec, même complainte


« Enfants du XXIe siècle ! Petits êtres à peine nés, elfiques, qui peuplent d'ores et déjà les écoles de l'Europe, c'est pour vous que j'écris ces lignes. Vous pour qui l'Histoire du siècle passé – guerre, puis guerre, puis guerre, puis extermination, puis décolonisation – sera une série de fables et de contes horrifiques. Vous qui aurez à inventer ce siècle, leXXIe, à lui donner sa force poétique, esthétique,politique. Et je dirais surtout : son sens éthique. Vous qui aurez grandi, comme moi, dans ce temps de fictions, mais plus que moi. Vous avancerez en portant en vous un répertoire infini d'images : archives, films, croisements de mondes que l'on dit réels ou virtuels, mais qui sont pour vous, indissociablement, un seul et même monde. Pour l'heure, vous courez, vous jouez. Il vous revient d'inventer le temps d'après (...). ».

Voici un extrait tiré d'un article de l'écrivain Camille de Toledo intitulé Europe : lettre aux nouvelles générations publié sur le site du journal Le Monde en mai dernier. Dès la lecture de ce premier paragraphe, je me suis sentie interpellée. Pourtant, je ne suis pas une enfant du XXIe siècle...

Française de naissance, Européenne de coeur, Polonaise d'origine, Nord-américaine d'adoption. Bref, ce croisement des mondes, pour reprendre les mots de monsieur de Toledo, m'inspire véritablement.

Plus loin, dans ma lecture de l'article, j'ai relevé ceci :  « Mesdames, Messieurs des institutions européennes ! Votre Europe nous ennuie. Elle nous ennuie mortellement. Car il lui manque un esprit. Une vision. Un imaginaire. Il lui manque une poétique ! Voyez ! Charbon et acier. CEE. Puis UE. Critères de convergence. L'Europe dans son "union" n'est que matière et certificat, marché et acronyme. ». Hum, je serais bien tentée de reprendre cet appel enflammé pour interpeller nos hommes et femmes politiques au Québec et au Canada. Bien entendu, on ne parle surtout pas d'« union » ici, pour reprendre encore une fois un terme de monsieur de Toledo.

Plus loin encore : « Jusqu'à ce jour, les bâtisseurs de l'Europe se sont toujours contentés d'un seul argument émotionnel : les guerres, le XXe siècle et l'extermination. (...). Mais je dis avec force, ici, que cette mémoire ne suffit plus ! (...). Nous devons trouver autre chose. Bâtir autre chose. Imaginer autre chose. Non plus seulement le poids de la mémoire, mais une poétique qui définisse un horizon, pour l'avenir. Il le faut, sinon, les nations, par l'émotion qu'elles suscitent, reprendront le dessus. C'est hélas, jusque-là, le chemin emprunté. Le retour des nations ! Et partout, l'identité réarmée...

Ça vous fait penser à quelque chose, vous ? Pour ma part, j'y vois un parallèle avec l'ambiance morose que l'on ressent au Québec depuis plusieurs mois, et même depuis deux ou trois ans. Un désenchantement individuel devenu collectif si l'on considère les conversations de perrons ou de pause cigarettes. Toujours les mêmes rancoeurs, les mêmes querelles, la même rengaine. Permettez-moi de partager ici une réflexion personnelle. On jase...  Prenons l'exemple du dépôt du budget Flaherty la semaine dernière. Je n'ai pas bien cerné toutes les composantes et leurs enjeux, comme certainement un bon nombre de mes concitoyens. Or, le seul constat qui a été posé - très rapidement d'ailleurs - est celui que c'est un budget anti-Québec.  Ainsi, nous nous positionnons de nouveau - comme trop souvent - comme une bande de pleurnichards ou de quêteux qui ne cessent de dire « c'est vraiment trop injuste ». Vous vous souvenez ? Comme ce petit poussin noir, Calimero, personnage du dessin animé du même nom, qui s'exclamait ainsi à chaque mésaventure. 

J'ai l'impression que ce sentiment d'injustice redondant dans nos sphères politiques et sociales entrave trop souvent notre capacité à élever les débats et alimente, au contraire, une répétition  d'arguments émotionnels dans les prises de parole publique : on est trop petit, pas assez riche, très très très distinct. Si au moins, nous avions les moyens de nos prétentions... Or, il y a la commission Charbonneau; les dépassements de coûts et des irrégularités dans la construction d'infrastructures d'envergure; des études, comités et discussions à n'en plus finir autour d'enjeux urgents comme celui du développement du réseau de transport collectif (je souligne ici que les arrêts de service dans le métro de Montréal deviennent quasi quotidiens...). Tout stagne, rien n'avance.

Selon moi, nous réussirons à nous libérer de nos vieilles habitudes quand le Québec s'imposera comme un adulte responsable. Quand, collectivement, nous aurons accepté de sortir des sentiers battus, même si cela suppose des sacrifices. Je ne reviens pas ici sur le budget fédéral d'un gouvernement conservateur qui, en effet, n'augure rien de bon ni les Québécois et ni pour les autres provinces. Mais entre vous et moi, il est temps de nous demander si notre société distincte est capable de continuer de vivre encore longtemps à ce rythme et à vivre au-dessus de ses moyens. Il va bien falloir couper quelque part. Avant de crier au loup, notamment au sujet de la formation de la main d'oeuvre, oui on devrait se poser et se demander si elle est effective au Québec. Bien sûr, notre taux de chômage est bas, mais combien sont ceux et celles qui occupent des jobs peu payés - certains sont obligés d'en accumuler deux ou même trois pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ainsi avant de créer une nouvelle Commission (encore une commission) nationale sur l'emploi et la main d'oeuvre, n'aurait-il pas fallu s'interroger sur cette abondance de petits emplois mieux que rien pour un grand nombre ? N'aurait-il pas fallu se concentrer auparavant sur le phénomène du décrochage scolaire et le niveau d'éducation à la sortie de l'école ? J'y reviens...

Bref, tout ça pour dire que le gouvernement québécois (quel qu'il soit) devrait cesser de passer son temps à réagir face au grand méchant loup qu'est le fédéral, et démontrer plutôt qu'il est capable de trouver des solutions novatrices. Vous ne pensez pas que cela ferait du bien ?

13 mars 2013

Les magazines féminins au coeur de la convergence médiatique

Cette semaine, nous apprenions que TC Média s'associait avec l'animatrice Véronique Cloutier pour lancer un nouveau magazine féminin intitulé tout simplement Véro. Lancée dès l'automne prochain et publiée quatre fois par année, cette publication s'adressera « aux femmes passionnées, actives, qui aspirent à être bien dans leur peau, qui chérissent les moments en famille et qui mordent dans la vie.» peut-on lire dans le communiqué de presse.
 
On nous dit aussi que ce nouveau magazine aura « tout comme sa muse, un style pétillant et énergique, un look sophistiqué et accessible, un ton vivant et pertinent.». Autant dire les qualités et les caractéristiques que s'attribue la majeure partie des magazines féminins. J'imagine que les concepteurs de cette nouvelle publication ont déjà pensé à intégrer des sujets qui dépasseront cet éternel fil conducteur qui est beauté/mode/amour/bien-être, comme le soulignait très justement le journaliste Hugo Dumas dans le journal La Presse cette semaine.

Entendons-nous bien, je n'ai rien contre madame Cloutier que je félicite pour ses succès en tous genres qui reposent sans aucun doute sur de l'ardeur au travail. En revanche, je réagis plutôt négativement à cette tendance de plus en plus fréquente à relayer un seul modèle de réussite au féminin au sein de la société québécoise : avoir une esthétique agréable, un travail valorisant mais surtout valorisé, un chum amoureux et de beaux enfants, un condo, une belle voiture, des vacances en mars au soleil, une piscine creusée, un magnifique chien, etc. Exemple : sur la page couverture du dernier numéro du magazine Clin d'oeil - spécial bonheur - on peut lire un titre « Heureuse comme Gisele, comblée, jolie et mariée à Tom Brady (oh oui, on l'envie!) ». N'oublions pas que les magazines pour les femmes proposent un contenu conçu majoritairement par des femmes. Disons que l'on ne s'aide pas, mesdames...

Je suis aussi horripilée par cette hypocrisie ambiante qui veut nous faire croire à des nouveautés alors que nous sommes les dindons de la farce dans le cadre d'une compétition féroce qui se joue entre des magnats des médias dans un marché aussi petit que celui du Québec. Tout comme Patricia Paquin est une marque qui rapporte pour le groupe Quebecor, Véronique Cloutier devient la vache à lait du groupe TC Média. Elles ne sont pas nos muses, mais bien celles de ces importants joueurs de la convergence médiatique. 

Doit-on s'inquiéter de cette homogénéisation des contenus médiatiques ? Est-ce que la concentration de contenus rédactionnels multiplateformes - qui repose avant tout sur une quête de profits - peut finir par nuire à la qualité et entraîner une standardisation de l'information ? Je me pose de plus en plus ces questions tant je déplore une certaine dégradation de la diversité des nouvelles et surtout d'opinions qui est, selon moi, indispensable pour se forger un esprit critique et jouer pleinement son rôle de citoyen. 

Et vous, qu'en pensez-vous ?

04 mars 2013

Un petit coup de déprime ? Sortez avec des gays !


Dans ma famille, je n’ai pas été entourée de beaucoup de livres. J’ai passé la majorité de mon enfance dans un petit bled où il n’y avait aucune personne de couleur. Pour ma grand-mère, il était inconcevable de fréquenter un Allemand ou un Arabe. Encore moins un gay (les mots «pédé » et «homo» faisaient partie du vocabulaire). Pas étonnant qu’une de mes cousines ait toujours caché son homosexualité. Bref, on ne peut donc pas dire que je viens d’un monde ouvert sur les autres.

Pourtant, c’est cette étroitesse d’esprit qui a peut-être forgé ma propre vision du monde et, surtout, mon aversion pour toute forme de jugement gratuit sur les autres. « Vivre et laisser vivre », tel est devenu mon modus operandi. Mon «éducation sociale», je l’ai faite moi-même au fil de rencontres, de situations de vie, de lectures ou de films. Oh bien sûr, je pourrais citer automatiquement le très caricatural film La cage aux folles… Mais il y a eu aussi le film Philadelphia qui m’a fait pleurer comme une madeleine dès son générique de début. Ou encore le très réaliste La vie en rose qui raconte la vie d’une famille tranquille et heureuse jusqu’au moment où le petit dernier, soudain, rêve d'être une petite fille. Face à la pression sociale, au regard des autres, à leurs questions, la petite famille déménage et essaie de repartir sur de nouvelles bases. Plus proche de nous, j’ai dû regarder au moins six fois le film québécois C.R.A.Z.Y. Cette émouvante histoire de cinq frères dans le Québec des années 70, et plus particulièrement celle d'un des frères qui, de peur de perdre l'amour de son père, va renier toute sa vie son homosexualité.

En revanche, je me pose la question à savoir si des campagnes contre l'homophobie à saveur moraliste comme celle lancée sur Internet par le Ministère de la justice québécois, réussissent vraiment à désintoxiquer des esprits arriérés. Même si les portraits de personnages mis en situation dans de courtes vidéos sont bien montés, je ne pense pas que le fait de répondre à des questions très larges par de simples « Pas du tout », « Un peu » ou « Beaucoup » contribue réellement à faire changer les mentalités.

Car la révolution gay est bien en marche, n’en déplaise à ceux qui l’ignorent ou qui ne l'acceptent pas. Et c'est dans la vie au quotidien qu'elle continuera son avancée.

Quand ma fille est entrée au primaire, elle a côtoyé le petit Samuel qui avait deux papas, et Qishan, une enfant de Chine qui avait deux mamans. Il n’y avait pas de problème, pas de malaise, même pas de questions. Aujourd’hui, alors qu’elle est adolescente, nous parlons sans détour de tout, de rien, de l’avenir y compris de sa future vie sentimentale que ce soit avec un amoureux ou une amoureuse. De mon côté, je rencontre au quotidien, particulièrement dans mon milieu professionnel, des personnes ou des couples homosexuels, hommes et femmes. Certains sont des amis proches. J’ose croire et espérer que ce sont des rencontres et des situations de vie au quotidien comme celles-ci qui, de plus en plus nombreuses, forceront les barrières. Tellement nombreuses qu’on finira par ne plus les remarquer. Là, une première ministre homosexuelle, ici une chanteuse adulée qui va avoir un enfant avec sa conjointe, est-ce que ça me dérange ? Non.

Message spécial pour vous mesdames : vous êtes mal dans votre peau ? Vous vous sentez moche (dans votre tête bien sûr) en cette fin d’hiver qui n’en finit plus de finir ?  Un petit conseil : sortez dans un bar ou une soirée gay. Succès garanti. Je le sais car je l’ai expérimenté samedi soir. Dans cette salle gonflée à bloc de testostérones, nous devions être cinq hétéros maximum, y compris mon amie et moi-même, présentes sur invitation de deux amis gays. Je vous le dis ; il y avait bien longtemps que je n’avais reçu autant d’attentions. On vous enlace, on vous parle doucement à l’oreille, on vous dit que vous êtes belle, que vous dansez bien, que vous sentez bon. Et eux aussi, parce qu’ils prennent soin de leur corps et de leur apparence – parfois à l’extrême  ils sentent bons et bougent bien tout en s’amusant. Sans complexe et sans jugement, ils vous accueillent, prennent soin de vous et s'assurent que vous passez une belle soirée. Touchants et charmants, ils vous donnent de l’amour. Tout simplement. Rien que pour cela, ils nous donnent une sacrée leçon de vie en société.