30 mai 2013

Ma liberté, elle me coûte cher


« La tâche (le fait de changer) est aussi douloureuse qu'inéluctable et même nécessaire pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d'avancer ». J.-B. Pontalis, psychanalyste.

Sans en avoir l'air, j'ai vécu beaucoup de changements dans ma vie. Comme je l'ai déjà écrit dans un précédent billet, cela vient peut-être de ma petite enfance vécue avec mes parents dans une caravane, déplacée au gré des chantiers sur lesquels mon père travaillait.

À 18 ans, je me suis vue mariée par obligation avec mon premier amoureux, fils de fermiers établis dans un petit bled dans les Flandres françaises, à cause d'un « retard » de quinze jours. Qui sait ce qu'aurait été ma vie au sein de cette famille d'au moins dix enfants, dont le père buvait sa bière dans un bol au petit déjeuner...

Au début de la vingtaine, avec ma meilleure amie, nous avons remué ciel et terre (et nos banques respectives) pour louer un appartement en plein Paris. Une folie mais j'ai adoré.

À 28 ans, je m'expatrie avec mon mari au Québec, parce qu'à l'époque je l'aurais suivi au bout du monde. On peut dire que j'ai immigré par amour. Même si je pense que les mots « changer » et « s'adapter » font partie de mon ADN, je ne peux pas dire que l'intégration dans le monde du travail québécois a été facile. Tout a été à reconstruire de A à Z. Dix-huit ans plus tard, je suis toujours là - avec des changements majeurs dans ma vie. 

Récemment, cette envie de tout changer et d'aspirer à un mieux-être est revenue me hanter comme elle l'a fait à deux ou trois reprises depuis mon intégration au Québec - sentiment qui colle certainement à la peau de nombreux immigrants. Mais comment ? Changer un peu ou changer tout ? Changer de métier, changer de ville, ou simplement de coiffure (ça, je l'ai déjà fait dans un moment de grand doute et ça n'a vraiment pas été la meilleure idée...) ? Difficile d'y voir clair, surtout à une époque comme la nôtre où la société (le monde !) dans son ensemble semble elle même arrivée à un point de non retour et de fragilité. Dois-je attendre l'effondrement total ou à le réveil collectif ? Encore faut-il que je veuille attendre.

« Mais tu es folle ? Moi, à ta place, j'aurais fermé ma gueule et j'aurais pris l'argent ». Cette phrase, je l'ai souvent entendue quand j'ai raconté que j'ai tout récemment quitté un emploi fort bien rémunéré mais qui, en mon for intérieur, ne correspondait pas à ce que j'aime faire ou à ce que j'aimerais faire. Sans autre lendemain, j'ai mis un terme à cet emploi. Je peux comprendre ces réactions, tant ce genre de décisions vous place devant l'incertitude et même l'indécision. Suis-je une éternelle insatisfaite ? Ou une utopiste qui rêve en couleurs dans un monde du travail qui enferme en son sein tant d'insatisfaits passifs (comme je l'ai beaucoup - trop - été ces dernières années), prêts à subir une situation plutôt qu'une baisse de pouvoir de pouvoir d'achat en cas de chômage ?

Peut-être mais si j'en crois les pontes de la psychologie, c'est tout à fait normal car je suis dans une transition du milieu de la vie. Carl Gustav Jung appelait cette étape le « processus d'individuation », une expérience à laquelle aucun de nous n'échapperait entre 45 et 60 ans, soit dit en passant.

Je suis donc en train de reconquérir ma liberté. Quel beau mot ! Mais que cette quête de liberté exige des efforts et... de l'argent ! Car cette transition ne rapporte rien et impose des sacrifices. Pas étonnant que je me sente souvent submergée par des moments d'impuissance ou de découragement surtout pour cette utopiste que je suis et qui trouve souvent des sujets pour s'indigner. Car dans notre société mue par l'appât du pouvoir, du gain et de biens matériels, il y a de quoi, n'est-ce pas ?

Ah oui, j'allais oublier quelque chose dans mon joli tableau. En plus de ces doutes quant à mes décisions récentes, il y a aussi ce foutu sentiment d'imposteur qui me suit sans cesse. Quand vais-je un jour parvenir à écouter et à croire toutes ces personnes qui vantent mes mérites, plutôt que cette petite peste intérieure qui revient sans cesse me souffler : « Pour qui tu te prends ? Tu penses vraiment que tu peux prétendre à ça ? ». 

Je ne regrette pas mes choix, enfin pas encore... On dit souvent qu'il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Je pense qu'ils sont en lien avec une prise de conscience que le monde du travail tel que celui que l'on me propose ou que l'on m'impose ne me convient plus. Bien sûr, je pourrais mettre cela sur le compte du manque d'authenticité, d'empathie ou de sens qui prévaut de plus en plus. Mais je crois bien que c'est plus que cela. Je ressens une page qui se tourne. Une page blanche, toutefois. Devoir l'écrire me fait peur, plus qu'à cette époque où j'ai tout laissé tomber (travail, familles, amis) pour suivre mon amoureux.  Il faut que je commence à me respecter moi-même avant tout pour être respectée des autres pour ce que je suis, ce que je fais et ce que j'apporte. Le premier pas est fait. Et tout au fond de moi, j'ai l'impression que tout est possible.

Je vous tiendrai au courant.

Citation...

« Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage »
Périclès (v. 495 av. J.-C. - 429 av. J.-C.), homme d'État athénien

26 mai 2013

Un maire à Montréal, pourquoi faire ?

Vous comprendrez que mon titre se veut ironique. Quoique...

En cette ère de grand cynisme et même de découragement - sentiments que je ressens moi-même - on peut se demander ce qu'un nouveau maire va pouvoir changer dans cette ville de Montréal qui tourne en rond depuis pas mal longtemps. D'aucuns vont me rappeler que l'on ne vit quand même pas à Détroit devenue ville fantôme. C'est vrai. D'autres vont me rappeler mes origines de maudite française qui râle tout le temps. Je ne râle pas, je discute...

Bon, revenons à Montréal. Certes, il y a le cirque de la commission Charbonneau et les ahurissantes déclarations de messieurs qui savent à peine s'exprimer convenablement qui gangrène le peu de confiance qu'il nous reste. Pourtant, selon moi, le mal qui mine Montréal est plus profond. C'est le peu de soin et de considération qu'on lui porte depuis des lustres. Non, pas de la part d'élus qui la malmènent. Non, je pense à nous autres, ses habitants. Ceux qui la vivent au quotidien, qui la fréquentent, qui l'encombrent, qui l'aiment ou pas selon les jours. Il y aussi toutes ses frontières ancrées en son sein. Au pays de l'ouverture sur les autres et du chaleureux accueil (c'est ce qu'on aime se dire, n'est-ce pas ?), les querelles de clochers et le chacun pour soi priment pas mal. Trop. Le maire du Plateau fait son seigneur pour désengorger la circulation automobile dans les rues de son quartier ? Les commentaires négatifs fusent alors de toutes parts. Immédiatement est venue la critique plutôt que la discussion. Pourtant, fussent-elles narcissiques, irréfléchies ou réfléchies localement, ces prises de position et de décision du maire de la république du Plateau ont au moins eu le mérite d'être provocatrices et auraient pu déboucher sur une prise de conscience collective en vue d'une solution collective. Car, on est bien d'accord, ce n'est pas une déviation de circulation par-ci par-là qui va régler le problème majeur de la congestion automobile en vue. 

Petite parenthèse pour démontrer que l'on est pas sortis de l'auberge dans notre coin de planète ou règne l'auto. Vous l'avez peut-être remarqué, certaines stations du métro affichent le travail de certains artistes en art visuel sur leurs colonnes imposantes. Une excellente idée me direz-vous. Et je suis parfaitement d'accord avec vous. Si je prends l'exemple de la station Sherbrooke, avez-vous vu aussi ce qui se trouve derrière cette belle initiative ? En plein dans le mille, une immense publicité pour une voiture. Dites donc, vous autres courageux usagers du métro, ça ne vous dit pas une belle petite voiture ? Quelle idée de génie de publicitaires que d'aller chercher une cible là où elle se trouve en masse... Car n'oublions pas ceci, chers amis : avant d'être considérés comme des citoyens responsables, nous sommes avant tout des consommateurs consentants. Oui, consentants, je pèse mes mots. 

Je prendrais comme argument l'article paru dans le cahier Affaires de l'édition de samedi du quotidien La Presse : « Un milliard dans les centres commerciaux ». C'est le total des investissements totaux dans la région montréalaise. Croyez-vous que des entreprises de développement immobilier dans le commerce du détail délieraient les cordons de la bourse si les prévisions d'achalandage et de ventes n'étaient pas bonnes ? Non bien sûr. Les consommateurs sont et seront toujours plus au rendez-vous, notamment avec l'arrivée de gros joueurs américains de le domaine de la mode, dont l'arrivée en sol québécois en réjouit plus d'un. Une menace pour le commerce local ? « Pfff, on s'en fout, on a plus de choix et ça coûte moins cher. » diront mêmes certains. 

Je reviens à mon titre. Je ne crois pas qu'un maire ou une mairesse ne puisse changer le visage de la ville tant que nous n'accepterons pas d'adopter, à titre individuel, des changements majeurs dans nos habitudes de vie, même si cela cause des sacrifices ou des efforts. Car la perpétuelle rengaine « pas dans ma cour » ne peut perdurer plus longtemps. 

Je lance donc cette idée : plutôt que d'élire le moins pire des candidats actuels qui représente forcément un parti, un clan, une quête de pouvoir, pourquoi ne pas former un groupe décisionnel constitué de personnes chevronnées dans des sphères d'expertise diverses, comme un(e) gestionnaire/financier, un(e) ingénieur(e) ou architecte, un(e) spécialiste des questions environnementales, etc. Bref, une équipe multidisciplinaire qui ne serait pas mue par des considérations partisanes mais par des visées socio-économiques et qui aurait toute la latitude de mettre en oeuvre des projets emballants, rassembleurs et surtout visionnaires.

Ainsi, j'oserais imaginer que plutôt que de créer ces éternels bureaux de projets, commissions, comités et sous-comités, de grands projets pourraient alors se concrétiser rapidement au lieu de demeurer en l'état de maquettes. Comme par exemple un grand réseau de transport collectif (mon sujet de prédilection, vous l'aurez compris) dont on ne fait que parler, parler, parler... Pendant ce temps, la ville de Paris annonce son Grand Paris Express (72 nouvelles stations de métro, 200 km de tunnels). D'ici la fin des travaux en 2030, quelque 90 % des habitants du Grand Paris vivront à moins de 2 km d'un gare. C'est ça un projet rassembleur et visionnaire ! Un projet basé sur un véritable consensus collectif. Rappelons que de notre côté, ça a pris des décennies avant que trois (sic !) stations de métro voient le jour. Rappelons aussi que notre STM peine à gérer un système de gestion informatisée de ses quatre (sic !) lignes de métro... Il y a aussi toute cette spéculation immobilière au centre-ville où des tours luxueuses poussent comme des champignons.

Bien entendu, me direz-vous encore, ça coûte des sous. Ben oui, mais vous serez peut-être d'accord avec moi, de l'argent il y en a mais il est (trop) souvent mal géré. D'où mon idée d'un gestionnaire/financier chevronné dans mon groupe décisionnel qui va mettre ses culottes pour imposer des règles... et des taxes. Un réseau de transport collectif étant immanquablement lié à notre évolution et développement durable en tant que société, tout le monde devrait ouvrir le porte-monnaie. Les entreprises avec une taxe spéciale calculée selon leur emplacement ou leur taille; les automobilistes taxés selon la grosseur ou le nombre de véhicules et les usagers du réseau actuel qui devraient débourser un prix plus élevé pour leurs billets. 

Drôle de réflexion en ce dimanche soir. Il a plu sur ma ville toute la fin de semaine et une certaine nostalgie s'est emparée de moi. J'ai comme une envie de faire table rase de tout ce ramassis de déjà vu et de déjà entendu. J'aimerais du neuf, du grand, du chic. C'est bien beau d'être toujours fiers d'organiser des grands événements comme C2-MTL, mais à quoi ça sert si l'humeur n'y est plus dès que la fête est finie ? C'est comme ci on en mettait plein la vue pour les invités alors qu'on a jamais rien à bouffer.

15 mai 2013

Vous avez les montres et nous, on a le temps...(j'adore)

Aujourd'hui, j'ai envie de partager avec vous quelques aphorismes savoureux. Une idée qui m'est venue par un proche qui m'en a transmis quelques-uns du regretté Pierre Desproges, comme ceux-ci :

« Il faut mépriser l'argent, surtout la petite monnaie »

« Il m'est arrivé de prêter l'oreille à un sourd. Il n'entendait pas mieux pour autant »

« De tous ceux qui n'ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent »

« Il vaut mieux se taire et passer pour un con plutôt que de parler et de ne laisser aucun doute à ce
 sujet »

J'en ai trouvé d'autres émis par-ci par-là :

« Vous avez les montres et nous, on a le temps » (proverbe africain)

« L'expérience est une lanterne accrochée dans le dos qui éclaire le passé » (Confucius)

« Celui qui fait comme tout le monde ne supporte pas que l'on ne fasse pas comme lui » (André Gide)

« La politique est l'art d'obtenir l'argent des riches et les suffrages des pauvres sous prétexte de les protéger les uns des autres » (Claude Michelet)

« Tous les hommes sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres » (Georges Orwell)

« Si l'on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d'attente » (Jules Renard)

« Quand on finit par être assez riche pour acheter une voiture de sport, on est devenu trop gros pour entrer dedans » (Orson Welles)

11 mai 2013

J'ai failli être arrêtée... parce que mon bus avait du retard

Samedi 18 h, au coin des rues Rachel et Saint-Hubert. Nous sommes deux à attendre notre autobus de la ligne 29 (direction Est) dont l'arrivée est prévue à 18 h 02. Plus que deux minutes, heureusement, car il fait un froid de canard après avoir fait près de 30 degrés ces derniers jours.

18 h 05, 18 h 10, 18 h 15, pas d'autobus à l'horizon. J'appelle le numéro de la STM. « Le prochain bus est à 18 h 32 » annonce une voix préenregistrée. Bien entendu, puisque les bureaux sont fermés, il est impossible de parler à qui que ce soit pour savoir s'il y a un problème sur la ligne ou si le passage d'autobus est exceptionnellement annulé ce samedi. Bref, nous allons devoir prendre notre mal en patience en regardant défiler les passagers bien au chaud dans leur véhicule.

Oh, mais que vois-je arriver à 18 h 21 ? Serait-ce notre autobus de 18 h 02 qui est en retard ou bien celui de 18 h 32 qui est en avance...? 

« Bonjour, y a-t-il eu un changement d'horaire ? » ai-je osé demander à la conductrice.

« Non. » répondit-elle sans plus.

« Alors, pourquoi avons-nous dû attendre 20 minutes » ai-je osé lui demander avec cette fois, je l'avoue, une pointe d'agacement dans la voix.

« Le trafic, madame. J'ai une demi-heure de retard sur mon horaire. » répondit-elle sans plus. Même pas un mot d'excuses. À prendre ou à laisser. Avais-je le choix ? Pas vraiment.

« Le trafic ? Quel trafic ? Je n'ai pas vu de trafic depuis le temps que j'attends. Enfin bref, j'imagine que  ça ne nous empêche pas de devoir payer, hein ? ». Après avoir payer mon dû, je me dirige vers une place.

Arrivée à destination, la situation se corse. Avant de descendre, et parce que je savais que j'allais utiliser la même ligne dans l'autre sens, j'ai osé poser la question suivante « Est-ce vous qui faites le circuit de la ligne 29 ? ». Elle me répond que oui. « Devrais-je compter 20 minutes de plus à l'horaire indiqué puisque vous êtes en retard sur le vôtre ? ». Je n'allais quand même pas patienter pour rien. Et là, je crois bien qu'elle a cru que je me foutais de sa gueule. Car la madame a décidé que dès le début, je l'ai apostrophée avec agressivité (et la pancarte - vous la voyez là - elle indique qu'il faut être gentil avec le chauffeur). D'ailleurs, elle me précise fièrement que je suis enregistrée : « vous voyez la caméra, là ? Je peux vous faire arrêter pour votre comportement. ». Ben voyons donc, elle blague. Mais non, elle avait déjà appuyé sur ses boutons de commande pour appeler des agents en renfort.  Malgré le ridicule de la situation, elle commençait sérieusement à me pomper, la madame.

Sans égard aux deux personnes dans le bus qui n'étaient pas encore arrivées à destination, elle a décidé de stopper son véhicule. Au diable le moteur qui tourne au ralenti pour rien, la madame avait été agressée, vous comprenez !!!! Si je l'ai bousculée ? Bien sûr que non. Si j'ai verbalisé ma frustration avec des mots déplacés ? Pas du tout. Si je lui ai manqué de respect ? Je ne crois pas. J'ai simplement osé relever une anomalie dans ce bon service que la STM est supposée donner à ses usagers. Elle a même refusé un passager qui désirait monter dans le bus. Eh non, jeune homme, vous ne montez pas qu'il y a ici un cas de force majeure qui m'oblige à interrompre le service, vous comprenez... Je commence à comprendre la raison pour laquelle il y a autant d'interruptions dans le métro.

Calmement (bon, j'avoue que je n'ai pas manqué de souligner le ridicule de tout ça), j'ai patienté avec elle pendant dix minutes car j'étais bien déterminée à donner ma version des faits à ces agents qui n'arrivaient pas. Cependant, comme personne ne se pointait à l'horizon et que j'avais d'autre chose à faire (avec tout ça, j'avais quand même été retardée de près d'une heure...), j'ai quitté les lieux en prenant soin de proposer à la madame pas contente de prendre mon nom. Je ne suis pas lâche quand même. Elle a refusé. Je suis partie. 

Ce nouvel incident est inacceptable, tout comme ceux que j'ai déjà moi-même vécus ainsi que des amis autour de moi. Vous vous souvenez, je vous avais déjà parlé de Daniel de Sherbrooke. Alors que des règles imposent la politesse envers les employés de la STM, aucune règle ne stipule que les  mécontentements des usagers sont légitimes quand il y a des failles dans le service. Qu'il s'agisse d'un retard inexpliqué, de la énième interruption de service du métro dans la même semaine ou de l'air buté d'un agent que l'on dérange dans sa lecture pour acheter son ticket. 

Je ne veux pas faire de généralités car il y a des employés de la STM qui sont charmants. D'ailleurs, on en reste surpris tellement c'est rare. On se dit qu'ils doivent certainement débuter... Bien sûr, il y a aussi des usagers exécrables ou même violents (comme on l'a malheureusement constaté avec l'agression gratuite d'un chauffeur d'autobus tout récemment). Cependant, ces événements sont fort heureusement rares, et la majorité se tasse sans rien dire comme du bétail dans des voitures bondées. Elle a le droit de recevoir un minimum de considération. Et cela inclut celui de demander qu'on leur explique la raison d'irrégularités. Et vous pouvez compter sur moi, messieurs et mesdames de la STM, je continuerai à le faire car il y a des limites à être de gentils moutons.  

05 mai 2013

Plutôt que d'être censuré, son vidéoclip aurait dû être encensé...

Faut-il mettre en scène systématiquement la violence pour réaliser qu'elle existe ? C'est la question qui m'est venue à l'esprit en apprenant le scandale du vidéoclip de la chanson College Boy du groupe Indochine. Un peu inquiète à l'idée que j'allais voir quelque chose d'extrêmement violent, j'ai choisi mon moment pour le visionner. « Suis-je donc devenue un monstre ? » me suis-je demandé par la suite, alors que je ne m'étais pas écroulée de peur devant toute cette violence... Pourtant, je crois bien que non. Je m'explique. Le travail de Xavier Dolan est encore une fois remarquable et son clip est d'une grande beauté. Il accompagne toutefois une chanson qui, selon moi, n'est absolument pas à la hauteur. 


D'habitude, je suis du genre pleurnicharde quand un sujet me touche (à la première du film Philadelphia, je pleurais déjà à chaudes larmes au générique d'introduction...); je fige de peur au moindre suspense et je suis incapable de voir un film d'horreur. Vous voyez le genre. Le vidéoclip College Boy est violent, certes. On nous prévient que la dernière scène est extrêmement difficile à voir. Une des raisons qui l'ont mis au banc des accusés. Pourtant, selon moi, ce n'est pas cette surdose d'hémoglobine (quelle bonne idée que ce noir et blanc) qui est violente. On en voit de telles au cinéma ou pire dans notre actualité. Non, la vraie violence du clip, elle se situe dans les yeux des personnages. Autant ceux pleins de méchanceté des bourreaux, que ceux teintés de tristesse de l'intimidé et ceux baissés ou bandés de témoins forcément complices. C'est cette violence qui nous en met plein la vue car elle nous renvoie en pleine face les dérapages de notre société. Ces dérapages que l'on ne veut pas voir.

Au lieu de cette censure décrétée par des organismes bien-pensants qui prétendent protéger nos jeunes d'images trop déstabilisantes, ce vidéoclip aurait dû être plébiscité pour qu'il serve de prétexte à une prise de conscience collective (ados et adultes), à la fois de l'absurdité de tels gestes et de l'hypocrisie qui entoure l'intimidation née du jugement facile des autres. Ces images-chocs sont tout aussi importantes que les campagnes télévisuelles payées à coups de millions de dollars par nos gouvernements au sujet des accidents du travail, de la route ou tout récemment de la santé mentale, devenus véritables enjeux de santé publique. Au-delà de la publicité qu'il sert sur un plateau d'argent à la sortie du nouvel album du groupe Indochine, ce vidéoclip en est une pour (r)éveiller les consciences. 

Quand la chanson aura fait son temps, parlera-t-on encore de ce fléau qu'est l'intimidation ? On peut en douter... À ce propos, vous aurez certainement remarqué que les scènes ont lieu dans un collège ou un lycée qui est loin de l'image de la polyvalente délabrée où s'entassent des jeunes à problèmes. Est-ce un parti pris de son réalisateur ? Peut-être. Il nous laisse ainsi le choix de décider, comme il le fait avec son «merci» de fin.

Pour revenir à la question précédente, on en reparlera malheureusement certainement à la prochaine catastrophe, celle d'un jeune qui aura décidé de nous planter là. Pourtant, bien souvent, des adolescents malmenés ouvrent une petite porte sur leur désespoir ou lancent à leur manière un appel à l'aide à une société qui, malheureusement, ne prête pas suffisamment attention à ses jeunes ou alors seulement pour les blâmer. Assimilée dans du spectacle médiatique, les gestes irréparables de certains d'entre eux laissent un goût amer et des annonces en grande pompe de bonne volonté. En complément des politiques, des procédures ou des mesures préventives, certes nécessaires, je propose donc ceci: ne détournons plus le regard, et plongeons-nous dans les yeux de ceux et celles qui nous entourent. Ces yeux qui disent tout avant même qu'ils n'ouvrent la bouche... 

01 mai 2013

À mes amis Français de France

Si on vous demandait de traverser une autoroute pas mal fréquentée les yeux bandés, le feriez-vous ? Bien sûr que non, à moins d'être suicidaire.

Alors pourquoi croyez-vous en grand nombre un parti qui vous dit qu'il est propre. Ça ne vous fait pas mourir de rire quand sa présidente affirme sans l'ombre d'un doute « je suis la lumière de l'espoir face aux Français plongés dans des temps obscurs » ? Ce sont des citations tirées de l'article Le FN se pose en vedette le 1er mai paru dans le journal Le Monde. Eh bien, il semble bien que bon nombre d'entre vous tombent dans le panneau car on peut lire que les sondages créditent le Front national de Marine Le Pen de 23 % des intentions de vote. Si une élection avait lieu aujourd'hui, celle-ci serait qualifiée au second tour devant le président de la République.

Amis Français, ne vous laissez pas embobiner par des belles paroles qui vous parlent de miracles, car ils n'existent pas. Même si la situation qui prévaut actuellement en Europe - et en France - est sans aucun doute très difficile à vivre au quotidien, personne n'est encore entassé avec des milliers de collègues dans un immeuble insalubre pour un salaire de misère. Même si on peut lui trouver toutes sortes d'origines nébuleuses ou de responsables cupides, il faut bien reconnaître que nous sommes un peu tous responsables de cette crise alimentée par une consommation débridée, des niveaux de vie parfois au-dessus des moyens, des records d'endettement personnel, et une attitude d'enfants gâtés par des programmes sociaux devenus trop généreux en période de disette. Savez-vous que, de ce côté-ci de l'Atlantique, on vous envie, «bande de paresseux» avec vos sept semaines de vacances par année alors que nous n'en avons que deux ? Avec un sourire au coin des lèvres, certains ne se gênent pas pour se péter les bretelles en affirmant qu'une telle situation n'arriverait certainement pas ici, comme si une crise ne peut pas traverser un océan...

Entendons-nous, je ne veux pas vous faire la morale alors que je vous suis de bien loin. Au contraire, je me sens vraiment triste de la descente aux enfers de ce projet fédérateur et humaniste qu'est cette Europe unifiée après des périodes de grandes guerres. Aussi, je vous rassure, je ne suis pas non plus une fille qui peut bien parler parce qu'elle roule sur l'or. Au contraire, j'ai vécu, il n'y a pas si longtemps, des périodes de chômage ou des baisses de salaires, ainsi que les sacrifices matériels et même alimentaires qui en découlent.

Tout ce que j'essaie de dire, c'est que le « nous » inclusif est dangereux, porteur d'un vent mauvais. Viser l'autre comme responsable de tous les maux - surtout quand il est différent - c'est le remède facile pour se voiler la face. Surtout quand on pense que ces étrangers (pour la plupart Français), soi-disant voleurs de jobs, vivent certainement une situation tout aussi précaire. Ils ne doivent quand même pas être bien nombreux à occuper des bureaux feutrés, n'est-ce pas ? En revanche, combien sont-ils à accumuler deux ou même trois emplois pour joindre les deux bouts ?

Certes, ces périodes de grande crise soulèvent des questions qu'il faut se poser sur la mondialisation, le filtrage des frontières, les règles d'immigration, les réglementations bancaires, etc. Mais plutôt que de crier au loup, ne devrions-nous pas saisir le moment pour considérer de nouvelles formes de démocratie ? Pensons-y bien. Y a-t-il encore un clivage si net entre la gauche et la droite (je ne parle pas ici des extrêmes) ? La notion de parti politique et l'influence de leurs chefs telles que nous les connaissons depuis des lustres est-elle toujours pertinente à notre époque d'alliances stratégiques et partisanes ou de gestion d'image sur les réseaux sociaux ? Devrait-on penser à créer des plateformes politiques dites de proximité pour permettre au citoyen responsable de jouer un rôle politique plus mesurable ?

Bref, sur ce, je voulais vous dire que je pense bien à vous et je vous souhaite de tout coeur bon courage. Encore une fois, ne vous laissez pas berner par des opportunistes qui surfent sur des climats sociaux  instables pour s'auto-proclamer sauveurs de la nation. Mais que signifie vraiment « nation » ? Question philosophique d'une citoyenne du monde utopiste certes, mais libre d'attaches.