25 août 2013

Un vent mauvais sur le Québec

Je me souviendrai toute ma vie de ma cérémonie d'assermentation en tant que nouvelle citoyenne canadienne. C'était un matin frisquet du début de mois de décembre 2009, et l'événement se déroulait au Cégep de Bois-de-Boulogne à Montréal. Cela faisait déjà quatorze ans que j'avais émigré au Québec avec mon mari, une valise, un chat et mon formulaire de résidente permanente que l'on m'avait remis après des mois de paperasserie et une visite médicale où on a même vérifié entre autres, que je n'avais pas la syphilis... 

Ce jour-là, obtenir la citoyenneté canadienne n'était pour moi qu'une formalité administrative pour pouvoir voter et pour obtenir également un passeport canadien qui me permettrait de me déplacer à l'étranger sans problème, notamment en République démocratique du Congo où je prévoyais à très court terme un déplacement. Il faut dire que mon expérience deux ans auparavant au Rwanda avec mon passeport français avait laissé d'amers souvenirs... 

Je me suis donc présentée seule à la cérémonie, sans même avoir invité, ne serait-ce que ma meilleure amie, à y assister. « De toute façon, à part quelques paroles officielles, le serment à la reine et la reprise en coeur de l'hymne national, l'affaire sera vite bouclée, merci bonsoir » pensais-je en mon for intérieur, tout en étudiant tous ces gens autour de moi dans la salle. Musulmans, juifs, chrétiens, femmes, hommes, vieux, jeunes, familles, couples ou individus, voiles, pas voiles, turbans, kippas, tous réunis sous le même toit. Des hommes, des femmes et des enfants unis par le même sentiment d'accomplissement: être arrivé à bon port.

Après deux heures d'agitation et de brouhaha dans la salle, des représentants officiels du Canada ont fait leur entrée. Il y a eu soudain un grand silence. Même le bébé qui pleurait deux secondes plus tôt avait décidé d'écouter... On aurait pu entendre un mouche voler. La juge a rappelé les valeurs du pays et les obligations des nouveaux citoyens, tout en souhaitant bonne route à tous. Puis, et c'est là que j'ai été traversée par une grande émotion, soit quand elle a cité un à un les soixante pays dont étaient originaires les 360 personnes présentes ce jour-là. Afghanistan, Soudan, Éthiopie, Somalie, Palestine, Corée, Irak, Iran, Pakistan, etc.. Pour moi, c'est à ce moment-à que j'ai compris toute la force de ces deux mots: « citoyenneté canadienne ». Car, sans nul doute, bon nombre de ces hommes et de ces femmes avaient bravé des tempêtes pour venir se mettre à l'abri dans leur nouveau pays, avec ce petit bout de papier en main qui leur servait de passeport pour la liberté. Même s'ils savaient qu'ils n'étaient pas au bout de leurs peines tant tout était à reconstruire, je pouvais lire un réel bonheur et une grande fierté sur leurs visages.

C'est là aussi que j'ai pris véritablement conscience du climat exceptionnel qui règne à Montréal où tant de cultures se mélangent et cohabitent en général en harmonie. Quand on se compare, on se console, non ? Mais se consoler de quoi, finalement ? Faisons-nous face à des conflits sectaires ? Y a-t-il tant péril en la demeure pour que nous devions réaffirmer nos droits au Québec ? C'est ce que semble penser le gouvernement péquiste qui a décidé de lancer un gros pavé dans la mare avec sa nouvelle Charte. Non, non, pas une charte de la laïcité fort légitime mais trop facile; une Charte des valeurs québécoises ! Pourtant, une Charte des droits et libertés existe déjà, dont le droit à l'égalité pour tous, n'est-ce pas ? Le satané « nous » contre « eux » n'est pas loin, il suffit de lire déjà certains commentaires sur les réseaux sociaux. Car ne soyons pas dupes, cette nouvelle charte pointe grossièrement les us et coutumes des immigrants car il y a belle lurette que les croyances religieuses ont pris le bord chez les Québécois de souche. Drôle de stratégie pour obtenir un consensus social, comme le souhaite la Première ministre Pauline Marois.

Oui à une charte de la laïcité dans la fonction publique, non à une charte de la discrimination. Qui sommes-nous, nous les occidentaux, pour juger qu'une femme qui porte le voile est automatiquement soumise à son mari (pendant que certaines se voilent, d'autres ici se dévoilent... en donnant tout autant un pouvoir aux hommes, celui de l'appréciation). Est-ce donc les traditions des femmes juives hassidiques qui freinent l'égalité hommes-femmes au Québec ? Le fait qu'une infirmière ou qu'une éducatrice porte le voile nuit-il à ses compétences ? Est-ce qu'un fonctionnaire du Ministère du revenu qui porte un turban est moins intègre qu'un « neutre » ?

Ce qui me désole dans la tactique du gouvernement, c'est sa lâcheté. Il décide de jeter une patate chaude et il demande aux citoyens de l'avaler, quitte à se brûler les doigts. À croire que l'on aime créer des frontières. On avait déjà celles entre anglophones et francophones, entre fédéralistes et souverainistes, entre citadins et banlieusards, entre riches et pauvres. Peut-être sommes-nous finalement un peuple trop pacifiste comme on aime tant le dire, il nous faut de la discorde pour ne pas nous ennuyer... 

Au lieu d'une Charte des valeurs québécoises, pourquoi ne pas avoir créé plutôt une Charte des Différences ou une Charte des Traditions (termes plus positifs), établie en concertation avec les représentants des différentes communautés. Là aurions-nous eu un début de consensus pour encadrer une cohabitation sereine et respectueuse des religions et des coutumes tout en appliquant des paramètres clairs et précis. Là aurions-nous eu un consensus pour rappeler aussi le respect du sentiment d'appartenance, du travail de mémoire et des traditions au sein de bon nombre de communautés d'immigrants. 

Peut-être est-ce justement des valeurs que le peuple québécois tente depuis des lustres de se ré-approprier... Mais est-ce une raison pour rejeter en bloc celles des autres ? Je crois sincèrement que non. Et j'espère que nous assisterons à des prises de parole et des échanges posés, intelligents et constructifs au cours de ce débat de société. Car de la pagaille, nous nous n'en avons pas besoin. Il y en a déjà dans quelques domaines... Par exemple, au lieu de cibler les signes de religion et de stigmatiser des classes d'immigrants déjà vulnérables - je pense notamment aux personnes issues du Maghreb - ne faudrait-il pas se pencher sur des mesures qui amélioreraient l'intégration sur le marché du travail ? Car si un grand nombre de ces personnes remplissent le pré-requis de parler le français, elles se retrouvent souvent sur la touche par manque de règles d'ouverture en termes d'équivalence de diplômes ou d'expérience. On repassera pour cette fameuse valeur d'égalité...

Bref, je crois bien que nous aurons l'occasion d'en reparler d'ici les prochaines semaines.


20 août 2013

Le premier débat entre les candidats à la mairie de Montréal m'a donné mal au coeur


Je n'ai pas pu me rendre au premier débat entre les principaux candidats à la mairie de Montréal, organisé par l'école d'été de l'Institut du nouveau monde (INM) le 16 août dernier. Et ce n'est pas parce que ce débat s'adressait principalement aux jeunes de 15 à 35 ans même si plusieurs têtes grises se trouvaient parmi le public. Je viens de l'écouter sur Youtube. Je crois que je vais faire des cauchemars.

« Aux urnes les jeunes ! » aurait pu être le thème du débat. Je ne suis, hélas, plus considérée comme « jeune », mais dans mon coeur et dans ma tête, je suis certaine que mes attentes rejoignent beaucoup celles de cette jeunesse à laquelle on prête beaucoup d'attention. Voilà pourquoi je n'hésite pas à avancer que ce premier débat aura complètement raté son objectif de rallier les plus jeunes à la politique municipale. Quel triste spectacle ce fut. Au fil du débat, j'avais de plus en plus mal au coeur. Et je ne parle pas ici du niveau déplorable du français qui écorchait parfois les oreilles. Nos candidats devraient prendre des leçons d'éloquence auprès de jeunes orateurs comme Léo Bureau-Blouin ou Gabriel Nadeau-Dubois.

Vous allez me dire que je suis pessimiste ou perpétuellement râleuse, et vous aurez peut-être raison. Mais sentez-vous un vibrant projet de société, vous ? Toutes ces promesses bidon, vous les croyez ? Cet exercice de séduction et cette guerre d'images, de notoriété et de mots ne vous agacent pas ? Si ? Alors pourquoi en serait-il autrement pour nos jeunes? Pourquoi seraient-ils emballés alors qu'ils voient leurs « aînés » si cyniques et peu convaincus ? Comment peuvent-ils rêver alors que tout est question de gros sous autour d'eux, jusqu'à l'éducation ou le transport collectif qui sont toujours abordés uniquement en tant que valeurs marchandes ?

Et puis, c'est quoi ces discours qui misent sur le clivage générationnel ? Heureusement que le ridicule ne tue pas, car nos « vieux » candidats seraient tous morts après certains échanges insignifiants basés sur l'âge avec la jeunette Mélanie Joly. On avait déjà la saveur populiste, maintenant on a aussi celle du jeunisme... Pourtant, on sait très bien que, nonobstant l'âge en nombre d'années que l'on ne peut ralentir, il y a des jeunes qui sont déjà vieux alors qu'ils ont comme premier grand projet de vie l'achat d'une maison sans même avoir quitté une seule fois leur patelin. De l'autre, il y a des vieux toujours jeunes qui lâchent tout pour élever des lamas dans un coin de pays ou qui ont encore le rêve de changer le monde.

Entre la « ville intelligente » de Denis Coderre, les nouvelles façons de faire de Marcel Côté, la surenchère de Mélanie Joly sur les compétences des plus jeunes et les bons sentiments de Richard Bergeron, qu'en est-il ressorti de ce débat ? Absolument rien. Du vide. Entre les insupportables prises de bec, les interruptions de madame Joly et les nombreux rappels à l'ordre de l'animatrice, Anne-Marie Dussault, ce ne sont que des évidences qui sont ressorties des discussions : on veut plus de transparence, on veut tourner la page sur le triste bilan de ces dernières années, on veut un bon transport collectif (même si c'est un « truc de bus » selon les termes de monsieur Côté), on veut que la langue française soit préservée, on veut une bonne qualité de vie pour garder les familles en ville, et les autres aussi. Bon, alors que l'on est tous d'accord, que fait-on maintenant ? 

Je m'adresse à vous, mesdames et messieurs les candidats, pouvez-vous nous parler des vraies affaires ? Le 4 novembre prochain, quelles seront vos initiatives concrètes et à court terme pour désengorger la circulation en ville ? Pour redorer l'image du centre-ville de plus en plus sale et de moins en moins attirant ? Pour relancer l'économie sclérosée et résoudre ce fléau qu'est la pauvreté qui touche de plus en plus de monde ? Vous le savez bien, Montréal est devenu un village avec ses guerres de clocher et se fond maintenant dans la masse. Notre ville ne brille plus par son audace. Vous faites souvent référence à l'exode des familles vers la banlieue, mais vous devez savoir aussi qu'il y a aussi de plus en plus de jeunes professionnels qui envisagent de quitter Montréal pour d'autres grandes villes canadiennes comme Toronto, Calgary ou Vancouver.

Pour ma part, sachez que je ne vote pas pour un parti, ni pour son représentant. Et ce n'est pas parce que celui-ci me dit qu'il aime de tout son coeur Montréal que je vais lui donner mon vote. En lieu et place des éternels mêmes refrains, je veux entendre une vision et des projets. Je veux un nouveau maire ou une nouvelle mairesse qui saura s'entourer d'hommes et de femmes de tous horizons car je crois à un leadership de coalition. Il nous faut un « Obama » de Montréal, capable de rallier les foules autour d'un discours inspirant. « Parce que nous le valons bien » pour copier un slogan bien connu. Et tant qu'à faire allusion à une marque, élaborons une véritable stratégie de marketing autour de Montréal : redéfinissons son ADN (mot à la mode), ses valeurs, ses facteurs de succès, etc. Créons même un slogan rassembleur, pourquoi pas ? 

Bref, pour revenir à ce premier débat, j'ose espérer que la piètre performance des candidats est la résultante habituelle du premier d'une série. Tout est une question de rodage, certainement. L'INM a prévu d'autres débat au cours de l'automne. Je vais les suivre avec attention. En attendant, je vais me remettre de mon mal de coeur.

11 août 2013

Pas actif sur les réseaux sociaux ? Dommage pour vous...

Il y a quelques années encore, le monde des communications et du marketing avait ses niches à experts. Il y avait des spécialistes des relations publiques, des attachés de presse, des conseillers en communication interne ou externe, des concepteurs-rédacteurs, des pros du marketing ou des affaires publiques. Puis, les métiers ont dernièrement évolué à la vitesse grand V avec le développement des nouvelles technologies. Il faut désormais maîtriser les outils du web, tenir éventuellement un blog et l'alimenter régulièrement, être actif sur les réseaux sociaux et avoir une connaissance approfondie des applications d'une communication 2.0 qui a tendance à brouiller les cartes. Tellement que l'on s'y perd un peu.

Voici l'exemple d'une description de tâches que j'ai lue récemment pour un poste de conseiller, communications et marketing (non, non pas de gestionnaire ou de directeur(trice)...). « Élaborer des stratégies de communication, superviser les services de l'agence de relations publiques, coordonner les entrevues avec les journalistes, mettre sur pied une liste de presse, faire une veille médiatique, rédiger des communiqués de presse, élaborer des scénarios pour des formations en ligne, développer des concepts de capsules vidéos pour différents auditoires, élaborer des stratégies de communication interne et les superviser, rechercher les sujets et rédiger le contenu du bulletin hebdomadaire interne, coordonner la production de publicités, faire le suivi des parutions publicitaires, coordonner la traduction des contenus, collaborer à la rédaction d'offres de services, réviser et améliorer si nécessaire des documents de présentation de conférences ou de formations, gérer les demandes de commandites, coordonner la production de matériel si nécessaire (objets promotionnels, affiches), faire le suivi des budgets. ».

Le service du café, avec ça ? J'exagère un peu mais tout semble lancé dans le même panier, vous ne trouvez pas ? Marketing, communications, relations publiques, commandites. Ne manque plus que la gestion des réseaux sociaux qui doit certainement être incluse dans l'élaboration des stratégies de communication. Je pourrais ajouter que la perle rare qui décrochera ce poste fourre-tout devra avoir un sens politique hyper développé, une très grande capacité d'analyse et de synthèse, des capacités exceptionnelles en gestion de projets, et une maîtrise parfaite des deux langues officielles (français et anglais) tant à l'oral qu'à l'écrit. Ah oui, j'allais oublier, elle devra être active sur les réseaux sociaux (pas seulement avoir quelques connaissances), et être disponible à l'occasion pour travailler en soirée ou les fins de semaine. Petite parenthèse au sujet de la maîtrise des deux langues officielles: je me permettrais ici d'affirmer que, malgré les propos frileux de nos politiciens, Montréal est bien une ville bilingue et le monde du travail ne fait pas exception. Ainsi, tous ceux et celles qui envisagent d'immigrer prochainement devraient être informés que le français est certes la langue du Québec, mais l'anglais suit de très très près derrière. Ils devraient être informés car ils pourraient être surpris de constater, lors d'un processus d'embauche, que leur niveau de bilinguisme est parfois davantage « scruté à la loupe » et plébiscité que leurs compétences et expertise. Car c'est de plus en plus le cas dans le domaine des communications. Permettez-moi de vous raconter cette petite anecdote. Dernièrement, j'ai eu une entrevue dans un important organisme culturel fédéral dont les bureaux sont situés dans le Vieux-Montréal (à vous de deviner). Dans une austère salle de réunion dans laquelle je fus accueillie par trois représentantes de la gent féminine, j'ai eu immédiatement l'impression que j'allais passer « au cash ». En plein dans le mille. « Pourquoi pensez-vous être la candidate idéale pour le poste ? », telle fut la toute première question que l'on m'a posée. À l'heure des nouvelles expériences 2.0 notamment dans le monde du travail, pas fort de commencer par une question vieille comme le monde. Comme le furent toutes les autres d'ailleurs. Par la suite, la discussion a bifurqué en  anglais. Bon, je l'avoue, j'ai un accent franchouillard dont je n'arrive pas à me débarrasser et qui peut brouiller les perceptions.  Toutefois, je considère que je parle anglais et que je l'écris même assez bien dans le cadre de mes  fonctions « fonctionnelles » quotidiennes comme l'envoi de emails, l'intervention dans des réunions,  ou lors de conversations téléphoniques. En revanche, jamais je n'avancerai le fait que je maîtrise la langue anglaise pour la rédaction d'outils de communication externe à incidence élevée (communiqués, brochures, contenus web, allocutions, etc.). Désolée, mais dans mon cas, la créativité ne peut passer que par mon coin de cerveau francophone. C'est d'ailleurs ce que je me suis permise de préciser (bien entendu, pas dans ces mots) par honnêteté lors de mon entrevue. Eh bien, on m'a fait comprendre à demi mots que la maîtrise des deux langues était préférable car « vous comprenez, les traducteurs, ça coûte cher ». Next ?

Je ne voudrais surtout pas que vous pensiez que je suis acerbe, frustrée, ou en mal d'attention. Je voulais simplement partager avec vous un constat qui est partagé par quelques amis et collègues du milieu. Crise et manque de budget, faible ou faible niveau d'intérêt ou de connaissances des différents corps de métier dans le domaine des communications expliquent peut-être cette tendance de plus en plus grande à retenir les services d'une personne qui saura tout faire. Parfois au détriment d'un haut standard d'exécution. Prenons par exemple la qualité de l'écriture ou de la rédaction de contenus de sites internet, de publicités, de brochures ou de magazines laisse à désirer et où le choix des mots est bien souvent loin de faire le poids. Avez-vous vu cette annonce dans le métro « La banlieue, c'pas pour moi » ? Ah, quand la paresse intellectuelle se généralise...

Est-ce « tout et n'importe quoi » qui en démoralise plus d'un dans l'univers des communications où, justement, celles-ci se font de plus en plus difficilement ou de façon bancale ? Je ne compte plus les personnes autour de moi qui envisagent de quitter un poste acquis et bien rémunéré pour se lancer à leur compte malgré l'éventuel risque de précarité qui les attend. Une drôle de contradiction alors que l'on a jamais eu autant de bons conseils et de guides vers l'accomplissement personnel : les 10 règles pour libérer votre potentiel, le top 11 des meilleures stratégies en marketing, les 12 conseils pratiques pour réactiver et libérer votre imagination, le top 20 des meilleurs «influenceurs » sur le web, etc. Alors que faire ?


Vous ne serez pas surpris si je vous dis que je n'ai pas de solution miracle. De toute façon, je suis mal placée pour le faire alors que j'ai moi-même choisi de vivre une transition de carrière au-dessus d'un grand vide et au prix de grands sacrifices. Ce n'est pourtant pas parce que je me sens dépassée. Me considérant un dinosaure dans les nouvelles technologies, je suis parvenue à être active sur les réseaux sociaux et je m'efforce de suivre de près le mouvement 2.0 sans être une experte (mais qui peut vraiment se considérer expert d'un concept dont les applications ne cessent d'évoluer...). Forte d'une riche expérience, je considère aussi avoir un bagage à valeur ajoutée pour n'importe quelle entreprise ou marque. Pourtant, je suis en réflexion. Quelle est l'expertise que je souhaite mettre de l'avant ? Est-ce bien dans ce domaine en mutation que je veux poursuivre ma route ? Quel est le type de poste qui m'inspire vraiment ? Et où ? C'est ce qu'on appelle la crise de la quarantaine, j'imagine. Je n'arrête pas de réfléchir.  En attendant, je lancerai la suggestion suivante: celle de revenir à l'essentiel en démontrant de la délicatesse envers ses pairs. Retrouver le sourire, demeurer authentique, respecter les idées des autres, motiver et encourager. Cessons un instant de suivre les concepts, conseils et gourous de l'heure qui inondent nos réseaux de communication. On pourra y revenir et les appliquer pour « réinventer » (mot à la mode) tout un monde de communications uniquement lorsque le terrain sera débroussaillé et propice à de nouvelles façons de faire. Or, si l'on en juge les commentaires cyniques et découragés sur l'expérience en entreprises, on est encore loin du compte.

Qu'en pensez-vous ?

05 août 2013

Faites votre prière pour Montréal

« C'est ben beau faire des voyages, pis dire qu'on s'inspire et qu'on peut faire la même affaire, mais moi, tout l'été, j'ai voyagé à Montréal. Je l'aime pour sa diversité. Il y a des belles choses et je veux qu'on travaille dans le respect de cette belle diversité. » Voilà quelques-uns des propos du candidat-qui-sait-parler-au-bon-peuple, Denis Coderre, rapporté dans un article sur le site de TVA Nouvelles Denis Coderre critique la vision de Luc Ferrandez. Celui-ci réagissait à la recommandation que Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal, avait faite à son retour de voyage en Europe aux conseillers de la Ville et au gouvernement québécois, qui est de s'inspirer de l'architecture et du design du Vieux Continent, notamment en ce qui concerne les transports en commun.

Mais d'où vient-il, Monsieur Coderre, alors qu'il affirme qu'il a « voyagé » à Montréal ? Est-ce  cette diversité dont il parle qui lui a donné cette impression de voyager ? Il est vrai que notre ville doit être une de ces rares métropoles où tant de ressortissants du monde entier et de cultures se mélangent. Une particularité dont elle peut être fière. Bon, pour revenir à la sortie dans la presse de monsieur Ferrandez, elle n'était certes pas la plus réfléchie car l'herbe est toujours plus verte ailleurs, mais elle a eu le don encore une fois, comme le font ses initiatives dans son arrondissement, de provoquer la réflexion. Il est vrai qu'en Europe, le réseau de transports est formidablement développé, en comparaison avec les nôtres qui sont si bancals et semblent même tomber en ruines dans certains cas. 

Avez-vous lu cette sortie de monsieur Coderre ? Qu'en pensez-vous ? Pour ma part, je suis dépitée, démoralisée, et même scandalisée car si la tendance se maintient au même niveau que cette première remontrance (ou comme le tollé que Marcel Côté, autre candidat à la mairie, a déclenché en flanchant sur le sempiternel sujet du bilinguisme de Montréal), on va encore assister à une guerre de clocher dans ce village que deviendra notre ville si elle reste figée dans ses démons, ses complexes, ses obstacles, ses intrigues. Je me demande même s'il n'est pas trop tard. Petite parenthèse, on s'interroge toujours et encore sur le bilinguisme certain de Montréal mais personne ne remet en question le niveau de langue de monsieur Coderre. Oui oui, je sais, c'est pour mieux communiquer avec le bon petit peuple...


Vous souvenez-vous de cette excellente publicité de L'archevêché de Québec qui invitait les automobilistes à faire leur prière avant d'emprunter le pont Champlain ? Eh bien, je crois que c'est le moment de faire la nôtre pour avoir pour maire un homme ou une femme de conviction et de vision. Pour ma part, puisqu'on utilise souvent ces mots à la mode que sont « vie démocratique » ou « parole citoyenne », et parce que je ne « voyage » pas à Montréal mais que j'y vis, je me permettrais de contribuer bien humblement à la course à la mairie de Montréal en suggérant quelques petits conseils aux candidats.

Avant tout, les généralités :
  • Ne plus répéter ad nauseam les mots «diversité», «créativité», «fierté». À force de se péter les bretelles ou de se reposer sur nos lauriers, on ne se remet plus en question et on avance plus. Prenons l'exemple du Festival Mode & Design. Dernièrement, j'ai entendu à la radio Jean-François Daviau, co-président et fondateur de l'événement, affirmer que Montréal était un chef de file (sic!) dans le monde de la mode en Amérique du Nord alors que tout le monde sait que nos créateurs crèvent la dalle et que nos détaillants vont en baver avec des concurrents américains qui  débarquent.
  • Ne pas affirmer ou rappeler qu'ils aiment Montréal. Nous l'espérons bien ! C'est comme si un coiffeur annonçait qu'il coupe les cheveux. 
  • Plus capable d'entendre les verbes d'action «réinventer», «revisiter», «renouveler» dans des discours surfaits. Peut-être est-ce encore le jargon de certaines agences de communication mais je n'en suis pas si sûre. C'est comme l'expression « l'art de... », servie à toutes les sauces et qui ne veut plus rien dire.

Maintenant, les attentes :
  • Les infrastructures routières et les transports en commun : c'est l'objectif Nr. 1 !!! La première priorité, comme disent justement les politiciens. La ville étouffe et ses habitants qui y habitent aussi. Peut-être pas ceux et celles qui y transitent et qui pensent que Montréal est pollué, sale et dangereux. Comme si ces fléaux ne traversaient pas les ponts. Outre la fluidité de la circulation, c'est aussi un enjeu de sécurité publique. Ne pas attendre un triste événement semblable à celui de Lac-Mégantic. Car si un pont devait s'écrouler, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas... Le prochain maire doit arrêter de vouloir plaire; il doit mettre ses culottes, entouré d'experts, analystes et conseillers de haut calibre. On le sait bien que l'argent ne tombe pas du ciel, et qu'il va bien falloir le prendre quelque part au prix de sacrifices des uns et des autres. Que l'élu(e) revienne à l'essentiel, fasse des calculs et pige dans les caisses ou dans les portefeuilles mais, de grâce, qu'il amorce enfin des projets de construction de nouvelles rames de métro, de tramways ou de trains de banlieue. Notre fleuron national, Bombardier, pourrait certainement nous faire un bon prix, non ?
  • Des logements abordables et de qualité en ville. C'est bien beau toutes ces tours ultra modernes, branchées et hors de prix qui poussent comme des champignons au centre-ville (vous voyez, il y a de l'argent quelque part ou quelqu'un s'en met plein les poches). Ça élève le standing de Montréal en tant que grande métropole. Mais il ne faut pas oublier une tranche de plus en plus grande de la population qui en bave vraiment pour joindre les deux bouts. L'Est contre l'Ouest, ça ne fait pas un tissu social ben ben fort. Aujourd'hui et demain.
  • Les hausses de taxes et tarifs pour les Montréalais. Vous l'avez certainement constaté vous-même, tout est devenu très cher à Montréal (loyers, épicerie, restaurants, visites au musée, etc.). Exemple ? On nous annonce que les taxes scolaires vont encore augmenter parce que le seul endroit où piocher l'argent soi-disant manquant est le portefeuille du contribuable. Comprenez-vous, il faut bien reconstruire ces écoles remplies de moisissures qui rendent nos enfants malades au lieu de leur donner le goût d'apprendre... Je pense que là aussi, il y a des murs, ou des silos comme on veut, à abattre, des processus ou des procédures à dépoussiérer et surtout un gros ménage à faire dans les bureaux et même dans les placards. Ouste, les acquis pas si bien acquis...
Bref, on a besoin d'un maire qui aura une tête sur les épaules et des couilles où vous savez (le masculin est utilisé ici pour alléger le texte). Le premier débat entre les candidats à la mairie aura lieu le 16 août prochain à 20 h, à l'École d'été de l'Institut du nouveau monde (INM), à l'amphithéâtre du Pavillon Sherbrooke de l'UQAM. Entrée : 10 $ (nombre de places limité; premiers arrivés, premiers servis).

Vous y serez ?


01 août 2013

Mais on se fout de la robe blanche de Judith Lussier !

J'hallucine ou quoi ? Vous l'avez peut-être entendu, mais savez-vous ce qui a fait les choux gras sur les ondes de deux stations de radio (peut-être d'autres mais je ne les ai pas écoutés), soit l'émission Médium large avec l'excellente Isabelle Craig à la Première chaîne de Radio-Canada, et l'émission de Marie Plourde au 98,5 FM (en compagnie de la journaliste Judith Lussier et de la chroniqueure et auteure Geneviève St-Germain) : la robe blanche que la journaliste Judith Lussier (oui, la même) aimait tant, mais qu'elle ne portera plus à cause des hommes...

Tout a commencé par un article que la journaliste a écrit sur le site Internet du magazine Urbania. Intitulé La robe que je ne porte plus pour une raison X, elle raconte la terrible épreuve qu'elle a vécue tout récemment vêtue de sa robe blanche. Permettez-moi de partager avec vous quelques passages de son article : « Je ne la mets plus parce que j'ai l'impression qu'un mémo est passé à l'effet qu'une robe blanc cassé sur une fille blonde donnait l'autorisation aux gars de siffler la file, toucher la fille, la dévisager, la violer du regard (avec la langue qui sort un peu de la bouche), ou lui faire des compliments déplacés. Je ne me suis pas sentie bien, je n'ai plus jamais remis la robe. »Un autre passage ? « La plupart du temps, parce qu'ils me mettent dans cet état de terreur, ces compliments (quand ce ne sont que des compliments) détruisent ma journée ». Fin de citations.

Lorsque je lis l'article, j'ai l'impression que madame Lussier a rencontré des violeurs en série à chaque coin de rue. Elle s'est fait sifflée et elle n'aime pas ça ? Qu'elle passe son chemin, c'est fini et on en parle plus. On lui fait des remarques désobligeantes ? Eh bien qu'elle relève la tête et dise haut et fort aux malpropres de se taire. Dans notre univers urbain, il y a quand même assez de monde autour de nous pour créer un mini scandale. Elle s'est fait toucher ? Qu'elle appelle la police ! Trop facile de vider son fiel dans un article en reprochant aux hommes de baver la bouche ouverte (dis donc, elle devait être bien jolie pour déclencher autant de réactions en ligne)...

Madame Lussier use de termes comme « violer », « terreur », ou « je me sens exactement comme lorsque j'étais la cible d'intimidation au primaire ». Allez hop, brassons large pendant qu'on y est: Intimidation, égalité hommes-femmes, machisme avec l'éternel cliché des gars de la construction, les Fémen, les différences entre les générations d'hommes, etc. Voyez-vous tout ce qu'une petite robe blanche peut déclencher comme « gros débats » au Québec...

Je dirais à madame Lussier qu'elle a bien de la chance d'être terrorisée pour si peu de choses. Je suis certaine qu'un bon nombre de femmes dans le monde aimeraient être confrontées à ces « violences urbaines » plutôt qu'à celles qu'elles subissent chaque jour et qui en sont vraiment. Or, nous vivons à Montréal, une ville bien paisible et où la relation hommes et femmes est somme toute fort respectable. Je conçois que certaines situations de « drague déplacée » sont insupportables. Or, des robes blanches ou à fleurs, des shorts ras-les-fesses, des décolletés de plus en plus plongeants, on en voit aux détours de chaque rue en ville en été; j'ose espérer que toutes ces femmes et ces jeunes filles ne sont pas terrorisées à chaque regard ou sifflement admiratifs. Sinon, les designers de mode ont du souci à se faire si elles réagissent comme madame Lussier.

Entre parenthèses, je me demande si certaines des chroniqueuses-journalistes-animatrices outrées aujourd'hui ont déjà collaboré avec des magazines féminins, ceux-là même qui promeuvent une image de la femme qui est loin d'être une religieuse... 

Bien entendu, il y a des hommes grossiers, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais franchement, ce n'est pas à Montréal que les hommes sont les plus dragueurs. Dernièrement, j'étais à la piscine avec une amie, nous avons eu le plaisir de voir deux charmants hommes s'installer près de nous. Il y a bien eu certains regards échangés mais sans plus. Je ne suis pas une beauté fatale, loin de là, alors quand un homme me lance un compliment dans la rue, je dis tout simplement « merci » et je poursuis mon chemin. Petite anecdote de la semaine dernière: j'écrivais un texte dans mon carnet sur un banc au Parc Lafontaine, je ne portais pas une robe blanche mais bleue assez courte (c'est l'été, on en profite quand même !). Un jeune homme était assis sur un banc adjacent. Je me suis levée et je suis passée devant lui. Il a enlevé son écouteur de son oreille et m'a lancé « Vous avez de très belles jambes ». Hey, ça prend du courage, non ? Je lui ai gentiment répondu « merci » avec un beau sourire et j'ai poursuivi mon chemin. Si j'avais été intéressée à poursuivre la conversation, la balle était dans mon camp, il m'a laissé toute la latitude pour décider de la suite des choses. Égalité il y avait.

Alors, s'il vous plaît, mesdames qui êtes profondément choquées par le comportement de certains hommes (pas tous), n'en faites pas tout un plat, surtout pas par le biais des médias qui doivent servir à autre chose. Vous ne trouvez pas qu'un petit air de flirt en ville ferait du bien ? Ça pourrait éventuellement rapprocher ces deux solitudes que sont les hommes et les femmes qui ne savent plus trop comment s'aborder. Des compliments anodins feraient certainement du bien au coeur et à l'égo des esseulées qui ont perdu l'habitude d'en recevoir à tel point qu'elles finissent par se considérer super moches. Et puis entre nous, les filles, rien ne nous empêche de lancer des compliments aux mecs. À ce titre, je n'ai pas trop de soucis à me faire pour la gent féminine québécoise qui n'a aucune leçon à recevoir pour confronter les hommes, petite robe blanche ou pas.