23 janvier 2014

Le Québec doit sortir du Québec

J’ai toujours gardé en tête des propos de Dany Laferrière prononcés lors d’un de ses passages à Tout le monde en parle. Il avait ainsi affirmé qu'il était persuadé que l'hiver enferme les Québécois dans une sorte de vase clos. Je cite : « Ça nous plonge dans des angoisses identitaires, des énervements. Le Québec a besoin de sortir du Québec. ». C’était en 2012. La situation n’a pas beaucoup évolué, n’est-ce pas ? Plutôt que des voiles et autres signes religieux, je pense que le plus grand danger qui guette le Québec, c’est son immobilisme.

Jusqu’à présent, je me suis toujours intéressée à la politique en général, mais je vous avoue qu’aujourd’hui, je pense, comme de plus en plus de monde, à prendre mes distances. Trop de clichés, de ridicule, de paresse intellectuelle, de rengaines. Je préfère encore les pitreries d’un président français. Au moins, c’est drôle.

Dernièrement, on nous a appris que le Parti Québécois obtiendrait une majorité de votes si des élections étaient lancées ces jours-ci. Il doit être content. À sa place, je le serai tout autant, quoique je traînerais un petit doute comme une vieille gomme ou une crotte de chien bien molle qui adhère à votre semelle de chaussures. Car, entre vous et moi, le projet de charte du gouvernement sent un peu la « merde ». Malgré toute sa légitimité, l’idée de le lancer mal ficelé dans la meute de loups est incompréhensible. Car, qu’en reste-t-il de ce projet de loi 60 ? Une mascarade sur fond d’envolées rhétoriques, de raccourcis populistes et de dérapages plus ou moins graves. Le gouvernement n’avait pas le droit de laisser se dégrader une telle situation pour quelle que raison cachée que ce soit. Quant à la commission parlementaire,  elle ressemble à un poulailler. On y voit des combats de coqs et (de  « coquettes » pour être polie), et certains perdent des plumes comme le parti libéral que sa diva, madame Houda-Pepin, a quitté la tête haute. Ça se tire dans les pattes, ça piaille, ça jacasse, le temps passe et rien ne se passe. Mais votez-la donc, cette loi, mesdames et messieurs, et qu’on en parle plus ! Quoique, remarquez bien, si une telle interdiction (même dans les lieux publics comme en France) avait résolu les problèmes en Europe, ça se saurait, non ?

Une autre commission qui me donne des haut-le-cœur : la commission Charbonneau. Je dirais même que je souffre d’une écœurantite aiguë. Véritable cirque à grands frais, sa couverture médiatique déplorable nous permet d’entendre des bribes de discussion à faire hérisser les poils de puristes de la langue française, et de voir des photos, notamment de (bons)hommes dont la bedaine n’a d’égale que leur arrogance et leur bêtise. Qui a trop tardé à déclencher cette commission d’enquête ? Le parti québécois ou le parti libéral ? Je m’en contrefous. Action, SVP ! Amendes salées et remboursements, SVP !

Car, pendant ce temps où ce petit monde s’égosille sur toutes les tribunes :

  • La situation économique du Québec se détériore. Même le fleuron du Québec (Bombardier) licencie. Quant à l’industrie pharmaceutique, n’en parlons plus. Le commerce de détail montre des signes d’essoufflement, et plusieurs sièges sociaux déménagent ou ont déménagé leurs pénates. Ah oui, c’est vrai, il y a quand même l’industrie du jeu vidéo qui se démarque. Ainsi que le domaine de la construction…
  • La situation financière de la classe moyenne décline fortement. La grande pauvreté augmente. Rappelons que, des 135 347 personnes qui ont fait une demande d’aide auprès des banques alimentaires au Québec en mars 2013, 11,1 % occupaient un emploi. Inacceptable…
  • Les emplois précaires chez les jeunes et les moins jeunes deviennent la norme dans des domaines de plus en plus nombreux (traduction, consultation, communication/marketing, arts et culture, services communautaires, vente, etc.).
  • De nombreux immigrants qualifiés ne trouvent pas de travail à la hauteur de leurs compétences. L’écart entre les promesses d’emploi et les quotas d’immigration francophone est trop grand. Bonjour l’intégration… 
  • De nombreuses coupures de budgets dans les services publics (notamment dans les services de francisation pour les nouveaux arrivants) détériorent la qualité de vie du plus grand nombre. Des coupures toujours nécessaires ? Ou sont-elles dues parfois à l’incompétence de certains gestionnaires à aligner des chiffres ? Quand on pense qu’on n’est même pas capables de gérer convenablement un parc collectif de vélos urbains (cf. Bixi)…
  • Une école publique à l’abandon avec des locaux en décrépitude, des programmes déconnectés de la réalité sociodémographique et des niveaux d’exigence de plus en plus bas. Une poubelle au vu et au su de tout le monde, ciment d’une grande pauvreté en devenir.
Certains avanceront que la crise économique n’a pas frappé le Québec et le Canada aussi fort qu’en Europe. Certes. Mais, ne nous leurrons pas, la province reste la plus pauvre du pays, et si le taux de chômage de 7 % environ est excellent par rapport à 10,5 % en France, des questions se posent : combien sont ceux et celles qui ont des jobines ? Qui cumulent deux jobs pour joindre les deux bouts ? Quelle est la proportion de jeunes qui ont décroché au secondaire, et qui travaillent au salaire minimum ? Que est le nombre de parents monoparentaux qui en arrachent chaque mois ?

Depuis que je vis au Québec, je n’ai jamais ressenti une telle lassitude autour de moi. Beaucoup sont malheureux au travail, d’autres - travailleurs autonomes - doivent baisser leurs honoraires pour avoir des contrats, et plusieurs sont sans emploi depuis plusieurs mois malgré de nombreuses tentatives (même pour des postes en deçà de leurs compétences). Les jeunes s’inquiètent de leur avenir et des plus vieux font les frais d’un excès de jeunisme dans leur domaine professionnel. Drôle d’époque.

On commence à parler d’exode, et pas seulement de « cerveaux ». Aussi celui de professionnels tentés de voir si, ailleurs, il y aurait cette petite place pour eux qu’il ne trouve plus au Québec. Moi ? Je n’y avais pas pensé…

14 janvier 2014

Ça l'a vraiment pas d'bon sens !*

Régulièrement, le sujet revient au devant de la scène puis on passe toujours à autre chose. Je parle ici du danger qui pèse sur la primauté ou la pérennité (ou les deux) de la langue française. Il est vrai qu’elle perd de sa verve dans toutes les sphères de notre société. Notamment dans le monde du travail où, ne nous voilons pas la face, on trouve rarement un bon emploi si on ne maîtrise pas l’anglais presqu’autant que le français.

Bien sûr, en tant que terre d’accueil de nombreux nouveaux arrivants, il y a certainement une portion de cette population immigrante qui est ignorante de notre langue. Mais y a-t-il suffisamment de services de francisation à leurs services ? Pas si sûre. En contrepartie, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une autre portion importante d’immigrants, éduqués, compétents, et sélectionnés par les services d’immigration québécois, qui parle très bien le français. Entre autres, des ressortissants du Maghreb qui comptent, selon les chiffres, pour 21 % des immigrants. Mais dans notre débat actuel qui ressemble à une chasse au foulard musulman, l’apport de ces hommes et de ces femmes dans la sauvegarde collective du français passe soudain au second plan…  Il y a aussi tous ces « maudits » anglos dont un grand nombre d'entre eux ne ferait aucun effort pour pratiquer notre langue. Sont-ils vraiment si nombreux à être unilingues ?

Mais le danger qui pèse sur notre langue ne vient pas seulement des autres ou des circonstances. Le bien parler et le bien écrit ne sont pas toujours considérés comme ben ben sexy, bien au contraire. Aussi, on vit dans une société qui carbure de plus en plus à l’image et de moins en mois au nombre de mots, surtout pas savants. Et puis, n’oublions pas qu’il y a toujours 49 % d’analphabètes fonctionnels au Québec; preuve qu’on a échoué, en tant que société, à offrir les mêmes chances à tout le monde, même la transmission du b.a.-ba. Comment, alors, batailler en force et en nombre contre l’ennemi…

Certes, il est vrai que l’apprentissage du français peut être ardu tant ses règles élémentaires de grammaire sont complexes, quand ce sont pas leurs énoncés. Vous souvenez-vous, vous, des règles que vous avez apprises sur vos bancs d’école ? Pour ma part, j’avoue ne plus trop me souvenir de la façon dont elles étaient enseignées « à mon époque ».  Mais étaient-elles aussi compliquées à comprendre qu’aujourd’hui ? Là est mon doute.

Voici quelques exemples de ce qu'on peut lire dans des manuels de français du secondaire aujourd'hui :

  • Sur le plan textuel, un adverbe peut jouer le rôle de coordonnant, de marqueur de modalité ou d’organisateur textuel.
  • Que la subordonnée complément de phrase se distingue de la subordonnée relative, de la subordonnée complétive et de la subordonnée relative déterminative. Et qu’une structure abrégée peut remplacer une subordonnée corrélative, ce qui permet de la réduire et de varier les structures syntaxiques. (sic)
  • Outre la phrase de base, il existe aussi des phrases à construction particulière comme les phrases impersonnelles, à présentatif, non verbale, ou infinitive. D’ailleurs, il existe quatre types de phrases et huit formes de phrases…
L’autre jour, ma fille m’a demandé de l’aider pour un de ses exercices. Elle avait des difficultés à comprendre ce qu’elle lisait.

« Si le subordonnant le permet, une structure abrégée peut remplacer la subordonnée complément de phrase, ce qui permet de la réduire et de varier les structures syntaxiques. »

Elle : ça veut dire quoi, maman ?

Moi : un instant, laisse-moi voir ça…  Voyons, voyons, je ne me souviens plus très bien, c’est quoi déjà, un subordonnant ?

Elle : j’sais pas.

Moi : hum, on va faire une petite recherche sur Internet ?

Sur le site de l’Office de la langue française, on peut lire ceci: on définit un subordonnant comme un mot qui sert à subordonner une phrase à une autre en l’y intégrant pour en faire une subordonnée.  Les subordonnants expriment souvent (…) une idée de but, de conséquence, d’antériorité, etc. C’est pourquoi on les appelle aussi des marqueurs de relation.

Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous dire que ça ne nous a pas aidées ?

Sur papier, on dit qu’un enfant qui apprend avec plaisir a plus de chances de réussir que celui qui ressent les apprentissages comme une corvée. Sur le terrain, si on demande aux élèves de retenir des règles grammaticales aussi alambiquées, pensez-vous vraiment qu’ils se marrent ? Vous me direz que sans sa grammaire, aucune langue ne pourrait survivre. C’est un fait et la langue française ne fait pas exception, bien au contraire. Toutefois, je me pose la question suivante : « à force de changements dans les programmes pédagogiques, est-ce que nous compliquons l’apprentissage des jeunes ? Avec tout cette matière (imposée par le ministère) à ingurgiter en peu de temps, y a-t-il vraiment de la place pour des dictées, des lectures à haute voix, des ateliers d’écriture, des exposés, des résumés de livres ? Pour plonger dans un livre ou pour écrire des histoires ? Qui sait, peut-être y a-t-il plusieurs grands écrivains qui sommeillent chez nos jeunes !

Je me souviens très bien du cri d'alarme que Lucien Francoeur avait lancé sur Canoe.ca en 2011. Lui-même enseignant en littérature, il parlait alors d'un véritable désastre ou même d'une bombe qui allait exploser. En voici un extrait :

« Un ministère de l'Éducation complètement déconnecté de la réalité ; des étudiants gavés de gadgets qui sont incapables de comprendre des consignes de base ; des illettrés qui n'ont pas de culture ; des exigences qui ont baissé à tous les niveaux... ». Et plus loin : «Un élève qui entre au collégial de nos jours, il faut lui enseigner ce qu'est un livre ou même ce que signifie recto verso (…). Malheureusement, j’ai tendance à croire qu’il voyait juste. Pour lire l'article au complet, cliquez ici.

* Dans cette phrase affirmative emphatique, il semble bien y avoir une erreur dans la matérialisation de la négation, je crois...

05 janvier 2014

Non, je ne suis pas sa mère !

C’est encore arrivé cet après-midi au marché Jean-Talon. Je faisais des emplettes avec mon amie A., certes beaucoup plus jeune que moi. Quelqu’un nous a encore prises  pour une mère et sa fille. Ça ne fait que la quatrième fois, me direz-vous, je devrais m’habituer. Eh bien non, je ne m’habituerai jamais !!!! Oui, je sais, j’aurais pu enfanter à 16 ans et avoir une grande belle fille de xx ans aujourd’hui (je ne vous dirai pas son âge, je vous vois déjà faire le calcul), mais ça me donne une claque à chaque fois. Que quiconque vienne me dire droit dans les yeux que le fait de vieillir ne l’affecte pas du tout. Bullshit !

Les gens de mon entourage vont penser que je fais encore une montée de lait pour rien. C’est vrai, mais je les rassure, c’est une toute petite montée, il y a déjà eu pire. En revanche, cela m’a donné l’envie de partager quelques-unes de mes réflexions sur le mieux-vivre ensemble pour cette nouvelle année. Ça changera des rétrospectives, non ?

I. Petits conseils d’amis
Pour faire un lien avec ma petite anecdote, ne supposez jamais :
a) qu’une femme plus mature est forcément la mère de celle qui l’accompagne (l’amitié n’a pas d’âge),
b) qu’une de vos proches est enceinte si vous croyez avoir vu un petit ventre (les fluctuations hormonales ou quelques excès gourmands peuvent avoir des effets passagers),
c) que ce jeune homme est certainement le fils de cette dame honorable ou inversement (ça peut être son amoureux car l’amour n’a pas d’âge non plus),
d) qu’une connaissance qui vous entretient sur sa vie de couple ne parle pas automatiquement de son chum mais peut-être bien de sa chum,
e) qu’un homme qui se promène avec une belle jeune fille n’est pas forcément un vieux cochon (c’est peut-être sa fille dont il est bien fier). 
Bref, maitrisez votre curiosité ou votre spontanéité, et attendez que l’on vous donne l’information.

II. Maux de mots :
Créativité : servi à toutes les sauces, ce mot est devenu un fourre-tout linguistique fort utile quand on a rien d’autre à dire pour se démarquer.

Facteur humidex : j’ai l’impression qu’on en fait toujours un peu trop, pas vous ?

Conseil, comité, consultation, commission: Trop de « con » (je parle ici de la prononciation bien sûr) pour si peu d’action (par exemple, la commission Ménard est un gros gaspillage de temps et surtout d’argent).

Les ignares des réseaux sociaux : quiconque ne sait pas aligner deux phrases sans propos injurieux devrait être écarté par les modérateurs de plateformes de discussion.

Capitalisme : les succès que rencontrent le Boxing Day, le Black Friday, Walmart, ou les nouveautés/ventes d’Apple n’indiquent aucun signe d’essoufflement de ce soi-disant maudit système économique. Au contraire, nous l’encourageons toujours plus, et certains continuent de s’en mettre plein les poches.

Protection de l’environnement : sur le papier, c’est bien beau. En réalité, aucune volonté.

Le copinage Coderre/Labeaume : ce n’est même plus drôle tellement c’est cliché. Peut-on passer à autre chose ?

La France: arrêtons de nous référer continuellement à ce qui se passe là-bas relativement à notre projet de charte. Ceux et celles qui ont vécu dans les cités dortoirs des grandes villes peuvent éventuellement savoir de quoi ils parlent. Et si on a vraiment une leçon à en tirer, sachons que plutôt que de signes religieux, les problèmes d'aujourd'hui sont nés d'une accumulation d'incidents de discrimination, de pauvreté galopante et de ghettoïsation auxquels les différents gouvernements n’ont prêté aucune véritable attention. Ainsi, c’est le succès de l’intégration des immigrants qui doit être notre motivation première car nous avons encore le temps de le faire de la bonne façon. Pour le reste, on n'a pas les mêmes politiques d’immigration que la France et encore moins sa situation géopolitique. 

III. J’adore les médias, mais...
.    Avons-nous encore besoin d’un Bye Bye ou d’une autre production humoristique à gros budget pour nous aider à entrer dans une nouvelle année ? On jase là…

·        Et si on traitait moins d’actualité de genre « faits divers »?
     Exemples : l’échange entre l’itinérant et le policier ou encore l’affaire Gab Roy. À part un exercice de lynchage collectif sur fond de réactions émotionnelles dans les deux cas, la réflexion n’a pas été poussée plus que ça pour analyser les causes et les conséquences de l’itinérance, les ravages de la pauvreté et de la précarité d’une portion de plus en plus grande de la population. On n’a pas expliqué non plus le phénomène de la montée de propos extrémistes d’une branche de la population. Dans ce cas précisément, on a préféré mettre sur l’échafaud un responsable (Gab Roy) en lui offrant de la publicité gratuite sur un plateau d’argent. Et après ce spectacle divertissant, que fait-on ? Au prochain dérapage, allons-nous encore jouer les vierges effarouchées ? Car, avouons-le, ce n’est qu’un début…

·       Si on lit La Presse, on est des fédéralistes et de droite forcément, si on lit Le Devoir, on est des souverainistes, si on lit Le Journal de Montréal, on ne s’intéresse pas aux vraies affaires. Bref, dites-moi ce que vous lisez et je vous dirai qui vous êtes… À quand un Rue89 ou un Médiapart, 100% québécois et indépendant, sur papier ou sur Internet ?

·   Dernier petit commentaire : notre paysage médiatique - particulièrement les média mainstream - me semble trop « blanc », et ne reflète en aucun cas la réalité socio-démographique du Québec. Il est grand temps d’intégrer des représentants de différentes cultures qui composent notre société.


Et vous, qu’aimeriez-vous voir comme nouveautés ou améliorations pour cette année ?