23 mars 2014

La laïcité, oui. La charte, non.

La laïcité est essentielle et non négociable. Qu’elle soit formatée sous le sceau d’une charte ou d’une loi. Et tout accommodement sur la seule base de la religion (quelle qu’elle soit) doit être rejeté. C’est là mon avis.

Toutefois, enrober un projet de charte de saveurs nationaliste et discriminatoire est irresponsable de la part de politiciens qui se targuent de vouloir construire un pays bâti sur des valeurs rassembleuses.

Fût-ce un projet du Parti libéral, d’Option nationale ou de Québec solidaire, mon opinion serait la même. Or, c’est le Parti québécois qui en est à l’origine. C’est donc à ses maîtres d’œuvre que je m’adresse :

Pourquoi avoir intentionnellement attisé l’atteinte à l’intégrité d’un groupe en particulier de la population immigrante ? Il aurait été avisé de proposer (et d’en prendre) un cours 101 sur les préceptes du Christianisme, du Judaïsme, de l’Islam, du Bouddhisme ou encore de l’Hindouisme. Plutôt que de faire des raccourcis, l’ensemble de la population (et j’en suis) aurait été plus en mesure de se faire une idée sur les différentes confessions au sein des communautés qui forment dorénavant la société québécoise. On aurait peut-être évité les éternels amalgames. Être musulman n’est pas forcément être Arabe. Et un musulman n’est pas forcément un intégriste en devenir…

Pourquoi ne pas avoir insisté sur la distinction entre la religion et le fanatisme religieux ? Certes, une charte pourrait être un outil pour un mieux-vivre ensemble, et je suis certaine que la majeure partie des immigrants serait d’accord avec sa mise en pratique. En revanche, le fanatisme est selon moi un détournement radical « religio-géo-politico » qu’aucune charte ne peut réellement contrôler. Que ce soit un Anders Behring Breivik en Norvège, les auteurs d’origine tchétchène des attentats de Boston ou ceux du World Trade Center à New York en septembre 2001, il me semble bien qu’aucun d’entre eux ne portait de signes ostentatoires présumant de risques terroristes. Et puis, quand on y pense bien, les populations qui paient souvent le prix du fondamentalisme musulman ne sont pas de ce côté-ci de l’Atlantique. Si certaines de ces populations ont eu le courage de se soulever pour retrouver un espace démocratique lors du printemps arabe que nous avons été nombreux à admirer, pourquoi se fait il que, par ici, on fasse planer une menace intégriste imminente ?

Pourquoi ne pas avoir rappelé le fait qu’il y a 243 430 de personnes (dont environ 100 000 femmes) qui se déclarent musulmanes au Québec, soit 3 % seulement de la population (recensement 2011 de Statistique Canada). Khadija Darid, fondatrice de Espace féminin arabe, estime qu’environ une musulmane québécoise sur cinq porte le foulard. Ce qui veut dire environ 20 000 femmes voilées (on voit le visage) au total. De ce nombre, moins de 5 % travaillent pour l’État, ce qui veut dire 1 000 femmes potentiellement voilées dans la fonction publique.

Pourquoi ne pas avoir rappelé également à la population que l’immigration au Québec et au Canada est une immigration de type économique, ce qui signifie que les candidats sont sélectionnés (de plus en plus rigoureusement) selon leur niveau d’éducation, de diplomation et de parcours professionnel.

o   30 à 40 % des musulmans québécois ont des diplômes universitaires
o   60 % d'entre eux ne sont jamais allés dans une mosquée
o   25 % disent s'y présenter de façon plus ou moins récurrente
(source : Frédéric Castel, spécialiste de l’Islam)

Or, les montées et les ravages de l’intégrisme religieux trouvent souvent leur niche auprès de populations fortement défavorisées et non éduquées. Je ne crois donc pas que les menaces intégristes soient réellement à nos portes ou sur le point de déstabiliser les ordres politique et social du Québec, tel que le prédisent certaines personnalités publiques.  Aussi, à ce que je sache, on ne fait pas face à une arrivée massive de milliers de migrants désespérés de Syrie, d’Éthiopie ou du Soudan qui fuient la misère et la violence pour se réfugier en Europe. Pour une aussi petite population que la nôtre et avec les moyens dont on dispose, il est certainement aisé de garder l’œil sur des pratiques que l’on jugerait douteuses, non ? D’autant plus que s’il devait se fomenter des actes dangereux, cela m’étonnerait que leurs auteurs choisissent le territoire du Nunavut. Ça réduit encore plus l’espace de surveillance.

Enfin, pourquoi avoir utilisé le projet de charte à des fins électoralistes ? Cette récente sortie du ministre Drainville entouré de femmes laïques originaires du Maghreb était à vomir tant elle faisait acte de propagande. Où étaient donc toutes ces femmes que l’on accepte soudainement dans les rangs du parti majoritairement « blanc » ?  Ces femmes dont je respecte totalement les convictions ne voient-elles pas qu’elles sont des figurantes derrière un ministre qui, derrière son micro, attise la naissance d’un nouveau clivage (grave) dans la population québécoise ? Quant à l’excuse de l’égalité hommes-femmes pour appuyer l’urgence de la charte, rappelons qu’elle n’existe même pas dans la fonction publique et parapublique au Québec. Dans un billet intitulé « Une gifle pour les femmes » publié récemment sur le Huffington Post Québec, Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y va ainsi d’un triste constat. On peut lire, je cite, « parmi les membres que je représente, six emplois occasionnels sur dix sont occupés par des femmes. Par contraste, les hommes occupent 57% des emplois professionnels les mieux rémunérés. Si j'avais un esprit machiavélique, je serais porté à croire que l'État reproduit la discrimination systémique envers les femmes en offrant moins que le privé ». Et puis, comment savoir si ces restrictions dans la fonction publique ne vont pas imprégner le secteur privé où certains dirigeants se donneront toute la légitimité pour écarter encore plus facilement des candidats et candidates issus de l’immigration ? Déjà qu’il y a une discrimination à l’emploi…

Des réponses seraient vraiment très appréciées.

09 mars 2014

Le féminisme a-t-il encore sa place ?

Ce n’est pas moi qui pose la question mais Marie-France Bazzo qui s’adressait alors à Monique Simard, présidente de la SODEC et tout un symbole de la lutte féministe au Québec.  Même si elle peut paraître déplacée, cette question n’en demeure pas moins pertinente, comme elle pourrait l’être aussi pour le syndicalisme.  Bien entendu, il ne s’agit pas d’oublier le combat de pionnières qui se sont battues pour l’obtention du droit de vote pour les femmes, pour l’égalité salariale ou encore pour la création des congés de maternité. Toutefois, le devoir de mémoire n’empêche en aucun cas le questionnement, n’est-ce pas ? Alors, le féminisme a-t-il encore sa place au Québec ?

À mon avis, la réponse est oui tant les commentaires et les comportements sexistes sont toujours aussi actifs et même plus encore grâce aux réseaux sociaux où tous les excès de langage sont permis. Et pas seulement envers les femmes… En revanche, je me poserais plutôt la question suivante : « Au Québec, le féminisme tel qu’il se définit aujourd’hui a-t-il encore sa place ? ». En effet, sauf erreur de ma part, il me semble toujours entendre une once de ressentiment envers la gent masculine dans les propos de certaines féministes, comme Geneviève Saint-Germain, Nathalie Collard ou Marie Plourde par exemple. Ainsi, même si je respecte leurs convictions, leur notion du féminisme m’apparaît parfois trop radicale et sectaire.  

Certes, même si tout n’est pas gagné, la situation des femmes au Québec s’est grandement améliorée. Notre première ministre est une femme. De plus en plus de femmes ont des postes de direction comme par exemple Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement des caisses Desjardins, Suzanne Fortier, principal et vice-chancelier de l’Université McGill, Sophie Brochu, présidente et chef de la direction de Gaz Métro ou encore France Charbonneau à la tête de la commission qui porte son nom. Et je ne pense pas que la tendance va s’inverser. Dans un article publié récemment sur le site Les affaires, on apprenait aussi que le Québec détenait la plus haute proportion de femmes membres de conseils d’administration au Canada. Je conçois bien entendu qu’il y a encore des batailles à mener notamment en termes de conciliation famille-travail, quasi-inexistante malgré les beaux discours. Soyons un peu patients, les grandes transformations de société se font souvent sur deux ou trois générations. Or, les postes de direction sont encore majoritairement occupés par des baby-boomers…

Une autre bataille est l’équité salariale. À ce titre, n’en déplaise au gouvernement Marois qui vante tant cette égalité hommes-femmes pour justifier sa charte de la laïcité, elle n’existe pas encore dans la fonction publique et parapublique au Québec (là où travaillent un grand nombre de femmes et où les salaires sont plus bas que dans le privé). Dans son billet Une gifle pour les femmes !, Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y va ainsi d’un triste constat. On peut lire, je cite, « parmi les membres que je représente, six emplois occasionnels sur dix sont occupés par des femmes. Par contraste, les hommes occupent 57% des emplois professionnels les mieux rémunérés. Si j'avais un esprit machiavélique, je serais porté à croire que l'État reproduit la discrimination systémique envers les femmes en offrant moins que le privé ».

Plus qu’une idéologie communautariste qui évince l’autre moitié de l’humanité, le mouvement féministe devrait s’inscrire dans une lutte globale contre toutes les formes de discrimination, qu’elle soit selon le sexe, la couleur de peau, la religion ou l’orientation sexuelle. Cette lutte globale s’appelle l’humanisme et elle devrait se matérialiser au quotidien sans porte-étendard. Autant de luttes contre la pauvreté (hommes, femmes, enfants), le piètre état de l’éducation publique et la violence conjugale. Présenter le féminisme uniquement sur une base manichéenne du bien contre le mal me semble dorénavant inapproprié tant cette distinction me semble de plus en plus floue. Dans notre société qui carbure à la réussite matérielle, certains hommes ont des comportements déplorables, tout comme certaines femmes sont sans scrupules.  Dans le milieu de travail, certaines femmes peuvent ainsi se transformer en rapaces pour leurs semblables, hommes et femmes confondus. Aussi, bon nombre de femmes cupides n’hésitent pas à flatter dans le sens du poil celui qui ne leur plaît pas vraiment mais qui sait si bien les gâter… Quant à l’hypersexualisation des filles, reconnaissons qu’il y a une certaine déresponsabilisation de la société dans son ensemble. Qui sont ces designers qui ont eu l’idée de créer des strings pour fillettes ? Où sont les mères pour apprendre à leur fille qu’offrir sa bedaine aux yeux du monde ne la rendra pas plus attirante ? Qui sont ces parents (dont des mères) qui offrent des augmentations mammaires à leurs filles ou les inscrivent (surtout des mères) à des concours de mini-miss ? Et puis, qui oblige des jeunes femmes à « se prostituer » sur le petit écran d’Occupation double qui bat d’ailleurs des records d’audience ? Ne venez quand même pas me dire que tout ça est la seule faute des hommes. Il y a bien quelques femmes qui manquent de couilles pour dire « stop » à tout ça, non ?

Bref, des hommes vraiment cons, il y en a et il y en aura toujours, tout comme il y a des femmes complètement débiles. Alors, ne tombons pas dans les généralités simplistes (voyez la piètre image des hommes dans les publicités). Aussi, par respect pour les femmes qui luttent dans le monde pour leur intégrité ou, plus grave, pour leur vie, évitons les écarts de langage pour dénoncer certains comportements masculins comme l’avait fait maladroitement la chroniqueuse Judith Lussier dans son article La robe que je ne porte plus pour une raison x. Être sexy et féministe n’est pas forcément incompatible. Être un homme et être sexiste n’est pas automatiquement un fait. Ne pas être féministe et être engagée, c’est aussi un choix.

02 mars 2014

Si je comprends bien, nous sommes des malades mentaux

Mon titre vous heurte un peu ? Moi aussi. Par conséquent, je vous invite à une petite réflexion collective. Autour des mots et des maux qui entourent la santé mentale de plus en plus présente comme enjeu de société et qui se traduit en études, en statistiques ou malheureusement en tragédies. Mais pourquoi ce titre, me direz-vous ? Pour attirer votre attention ? Oui, peut-être un peu… Mais surtout, parce que cette logique derrière deux mots me dérange un peu. Je m’explique. Quand on parle d’enjeux de santé publique, il est rare que ce soit pour faire un bilan positif. Vous êtes bien d’accord avec moi ? Et on n’a jamais autant parlé de la santé mentale. Le gouvernement québécois a même créé le site (www.masantémentale.gouv.qc.ca) où l’on précise d’entrée que « La dépression, c’est plus fort que soi, c’est une maladie ». Je comprends qu’ici, on tente d’éduquer la population sur la gravité du diagnostic dont il ne faut pas prendre les symptômes à la légère. Donc selon la logique syntaxique, puisque l’on parle de maladie, on parle donc de malades, et puisque l’on parle de santé mentale, on a donc affaire à des « malades mentaux ». Bang. Et quelle image a-t-on automatiquement ? Une personne un peu folle, ou qui n’a pas toute sa tête, bizarre ou carrément débile. Il n’est pas étonnant que les mots « burnout », « dépression », « troubles d’adaptation ou d’anxiété », etc. demeurent encore des mots tabous dans notre société (principalement dans le monde du travail) qui carbure à la performance et qui se ment sur toute la ligne sur sa notion de réussite. Le poids de ces deux mots placent les « tourmentés » en marge très facilement, parce qu’une personne qui va mal est forcément une personne malade. Qu'il suffit de lui donner une petite pilule et de l'inciter à consulter un psy, et hop.

Je ne vous apprends rien en disant que le burnout et la dépression s’annoncent comme les maladies du siècle, il faut s’attendre à en côtoyer un grand nombre de ces « malades mentaux » autour de nous. Bientôt, on ne pourra plus se voiler la face et il faudra se regarder dans les yeux pour avouer que c’est le fonctionnement de la société dans son ensemble qu’il faut peut-être revoir.

Je vous fais un aveu. J’ai été moi-même une « malade mentale ». J’ai fait un épuisement professionnel il y a trois ans (mais rassurez-vous, j’ai toute ma tête). Le mur, je l’ai frappé à 120 km/h. Manque de sens.Trop de travail, tout le temps. Les amis ? Pas trop le temps. Les sorties ? Pas trop le temps. L’amour ? Pas trop le temps. Ma fille ? Pas trop le temps… On sait bien que ça n’a pas de bon sens. Mais on continue parce qu’il faut payer le loyer, et qu’on n’est pas faible. On continue jusqu’au jour où on ne peut plus continuer. Il est alors trop tard. Complètement sonnée et déboussolée, je me sentais comme une blessée de guerre qui s’était battue jusqu’à la défaite. D'aucuns me prendront peut-être pour une folle (sic!) d'avouer ici, à la face du monde, que j'ai souffert d’un problème mental. Mais faisons comme si je vous l’avais soufflé à l’oreille, d’accord ? Parce qu’il ne faut surtout pas que ça se sache. Parce que de ces choses là, on n’en parle pas…

J’ai écrit « souffert » car, bien sûr, ce sont des moments douloureux pendant lesquels on rumine et on doute de tout. Surtout de soi. Mais surtout ne rien montrer. Et comme on n’a pas subi une opération ou une jambe dans le plâtre,  personne ne s’enquiert plus que d’habitude de votre bien-être. The show must go on. Et là, vous vous convainquez que vous n’existez plus aux yeux des autres. 

Je suggère donc de changer un peu l’interprétation ou le lexique de ces périodes de la vie un peu plus sombres. Le psychiatre Christophe Fauré déclare, lui, que « vers 40 ou 50 ans, nous sommes tous en mue», une transition plus communément connue sous l'expression « la crise de la quarantaine ». En ajoutant que « ce temps charnière de l'existence n'annonce pas un déclin, mais l'occasion de nous épanouir».

C’est quand même plus inspirant, non ?

Dans un article intitulé Le burnout est un chagrin d'honneur, le psychiatre suisse Davor Komplita affirme ceci : « il y a beaucoup de tristesse, celle de l'effort fourni. Car il y a une trahison au sens clinique du terme. Quand on impose à quelqu'un un paradoxe on le trompe. On accule les individus à trahir leurs valeurs. Seuls règnent en maître les processus ». C’est comme un chagrin d’amour sauf que dans le cas du chagrin d’honneur, on garde tout à l’intérieur.  Il préconise ainsi une « justice de paix dans l'entreprise par le biais d'un arbitre qui instruit les situations et peut investiguer les problèmes au travail. ». Wouah ! Inspirant aussi, non ?

Qu’on le veuille ou non ou qu’on le vive ou pas, un épuisement professionnel, une dépression ou tout autre mal-être, c’est aussi ça la vie. Mais plutôt que les définir automatiquement comme le fond du baril, apprenons tous ensemble à adopter un nouveau vocabulaire pour porter un nouveau regard sur ces passages à vide ou d’errance. Pour en finir avec les non-dits et les faux-fuyants. Pour que, dans le quotidien, on en parle aussi facilement que d'un nouveau job ou d'un nouvel amour et qu'on les considère comme des pauses personnelles tels des congés sabbatiques pour mieux se recentrer et se repositionner dans la vie. Ça aiderait peut-être aussi plus de monde à se relever et à mieux revivre plus rapidement, comme le chantait Daniel Bélanger.