18 décembre 2014

Les nouveaux visages de la pauvreté, c'est le leur, le sien... et le mien

Ou c’était le mien devrais-je préciser car, il y a un mois, mon horizon s’est enfin dégagé avec l’obtention d’un nouveau travail... et ce après un an et demi de recherches et de déceptions. Dix-huit longs mois pendant lesquels j’ai eu le temps de dégringoler les étages d’une certaine stabilité financière pour me retrouver dans le sous-sol bien sombre de la grande précarité. Qu’est-il arrivé ? Un accident de parcours qui s’est manifesté sous la forme d’un épuisement professionnel, une perte d’emploi, le grignotage jusqu’au dernier cent de mes minces économies, et voilà. Moi, professionnelle d’expérience du domaine des communications et du marketing, j’ai ainsi rejoint les rangs de milliers de personnes qui vivent en marge d’une société qui carbure au fric. Quand l’argent ne rentre plus, vous n’existez plus, et vous vivez avec un hamster qui tourne continuellement dans votre tête : comment vous allez payer votre loyer, vos factures, vos biens essentiels, les sorties de votre ado, etc. ? L’insécurité financière vous mine la tête et le corps, tant vous devenez crispés d’inquiétude et de tristesse.

Pendant ces longs mois, je n’ai cessé de penser à ce voyant que j’avais consulté en 2011 et qui m’avait annoncé que j’allais traverser une période pénible de chômage et même une petite visite à l’assistance sociale. Je me souviens encore très bien de m’être dit en mon for intérieur « moi BS ? Mais il est fou ! Si ça arrive, ç’est que tout est fini. » Et pourtant, ce foutu jour est arrivé il y a quelques mois où il a bien fallu que je franchisse les portes d’un bureau de l’assistance sociale pour demander cette aide de dernier recours comme on l’appelle. Bonjour détresse, bonjour tristesse. Croyez-moi, il faut passer par là pour saisir toute l’humilité dont les personnes démunies doivent faire preuve pour « quêter » ainsi, tout comme ce doit être le cas quand elles reçoivent un bol de soupe ou un panier de nourriture des mains d’une autre personne. Vous avez vraiment l’impression d’être une merde. Pensez-y bien avant de dénigrer les BS car je peux vous dire que l’on n’a plus les BS qu’on avait. Si vous aviez croisé dans la rue les personnes qui étaient comme moi dans les bureaux de l’assistance sociale, jamais vous n’auriez pu imaginer qu’elles recevaient des prestations de l'assistance sociale. Jamais. Si l’on s’était croisé, jamais vous n’auriez cru que j'en recevais moi aussi. Jamais vous n’auriez pu imaginer que mon frigo était régulièrement vide, que je fréquentais régulièrement le rayon d’alimentation de Dollarama ou qu’il m’arrivait souvent de ne pouvoir payer ne serait-ce qu’une boîte d’œufs ou un pain. On est nombreux à porter un masque, que voulez-vous. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences ni même porter de jugements car vous ne connaissez jamais vraiment l’histoire de la personne qui est devant vous.

On me dit souvent que j’ai une force intérieure et une grande résilience pour avoir été capable de surmonter cette période difficile toute seule (même si des amis ont fort heureusement eu la main généreuse pour me dépanner à quelques occasions). Peut-être. Si je devais apprendre des leçons de tout ceci, c’est bon c’est fait. Toutefois, la chose que je retiens, c’est qu’il n’y a rien d’acquis dans la vie, que tout est tellement fragile. Cette classe moyenne dont on parle tant mais dont on se soucie peu est une zone à risques. Le risque de tomber du mauvais côté est réel même en étant prudent et en ne vivant pas au-dessus de ses moyens. Mais je peux vous dire une chose, c’est qu’à chaque fois que ma situation était hyper désespérée, il y a toujours eu un « miracle », comme cette fois où il me restait 7 dollars pour vivre pendant une semaine et qu’un remboursement de taxes a été viré justement à ce moment-là sur mon compte ! Comme quoi, il y a toujours une bonne étoile quelque part pour chacun d’entre nous, vous ne pensez pas ?

Joyeuses fêtes à toutes et à tous 

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